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Revanche

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Dans le « quartier rouge » de Vienne, Alex, employé d’un bordel, et Tamara, sa copine ukrainienne et prostituée dans ce même établissement, aimeraient changer de vie, mais il leur faut de l’argent.

Alex met au point un plan pour braquer une banque dans un petit village rural. Tamara insiste pour l’accompagner. Alors que les deux amants tentent de prendre la fuite avec le butin, un policier, Robert, tire sur la voiture et tue Tamara. Brisé par le chagrin, Alex abandonne la voiture avec le corps de sa compagne et se cache dans la ferme de son grand-père. Mais la ferme voisine n’est autre que celle de Robert et de sa femme, Susanne. Rongé par la douleur et la haine, Alex prépare sa revanche…

A la vue du pitch et du titre, on peut se demander ce qui a pu valoir au film sa nomination à l’Oscar du meilleur film. Au mieux, Spielman semble nous proposer un thriller vengeur intense et efficace, et pour le pire tomber dans la manipulation grotesque de son compatriote Michael Haneke. Loin de ses deux options, Götz Spielman va  bouleverser les attentes  par des choix surprenants.

La question reste cependant entière dans une remarquable première partie mettant en parallèle les paumés magnifiques que sont Alex et Tamara, et Robert, flic rangé au quotidien morne et en mal de sensation. L’amour intense de Alex et Tamara est filmé dans toute sa fièvre et son désespoir dans le sordide quartier rouge de Vienne, l’existence terne de Robert dans toute sa platitude et son ennui (malgré des pistes habilement amenées, comme l’absence d’enfant). Le crescendo dramatique est ainsi parfaitement conduit, jusqu’à la confrontation fatidique lors de l’acte désespéré des amants pour accéder à une vie meilleure.

Le traitement distant, presque extérieur, de la mort de Tamara (renforçant sa puissance émotionnelle), annonce la tournure méditative que va prendre le récit, contournant le pur récit de vengeance attendu. La facilité scénaristique apparente, qui voit l’agresseur et l’agressé faire voisinage à leur insu, va ainsi tourner en faveur du traitement voulu par Spielman.

Le rythme se ralentit, Spielman répète les séquences essentielles (Alex et sa proie dans les bois), anodines (les divers travaux de ferme effectués jusqu’à l’usure), ou tendres (le grand-père retrouvant les joies de l’accordéon), et adopte un ton contemplatif s’attardant longuement sur la nature ambiante, qui n’est pas sans évoquer Terence Malick.
Ce parti pris marque la cassure que la mort de Tamara a provoqué chez les deux personnages, le vide immense et la douleur chez Alex, une terrible culpabilité pour Robert, et le film s’arrête tel leurs vies suite au drame. Les longues plages contemplatives exprimant ainsi le questionnement intérieur des personnages, l’un pour l’acte commis, l’autre pour celui qu’il s’apprête à commettre.

La seule vraie concession à la dramaturgie plus conventionnelle est la liaison entre Alex et la femme de Robert, certes facile mais suffisamment bien traitée et jouée (excellente Ursulla Strauss) pour susciter l’intérêt. Elle a également pour but de ramener les héros dans le monde réel, en faisant retrouver son humanité à Alex et redonner goût à la vie, pour Robert, avec sa paternité. Le respect de soi retrouvé de l’un, et la responsabilité assumée de l’autre, font ainsi tourner court le face à face final entre les deux, une phrase cinglante les ramenant dos à dos. Un très beau film et une belle leçon de maîtrise, prouvant que la plus prévisible et éculée des histoires peut mener à des chemins inattendus. 

Titre original : Revanche

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Durée : 121 mn


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