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Quand vient la nuit

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Pour son premier film américain, Michael R. Roskam signe un film noir digne de la tradition hollywoodienne.

Dans le port de Brooklyn, les dockers vont boire leurs bières chez Cousin Marv et les dealers en tout genre y déposent leur argent sale, sous l’œil indifférent de Bob Saginowski, le barman. Les plaques tournantes, la mafia tchétchène, Bob s’en fout, ce n’est pas son problème. Tout ce qu’il veut, c’est qu’on le laisse tranquille. Aussi taciturne que son cousin et employeur Marv est grande gueule, sa vie solitaire est pourtant sur le point d’être chamboulée, non pas tant par le braquage à mains armées de son bar que par la découverte d’un chiot blessé jeté dans une poubelle. Un bébé pitbull qui va le forcer, bien malgré lui, à prendre les choses en main.
 
Les distributeurs sont malins : The Drop en anglais, Quand vient la nuit en français, l’appel du pied à James Gray est pour le moins évident mais, et c’est un soulagement, se révèle ne pas être une drague mensongère tant le réalisateur belge partage avec son collègue américain l’amour du film noir, de ses figures imposées et de ses auteurs. Car après Clint Eastwood (Mystic River, 2003), Ben Affleck (Gone baby gone, 2007) et Martin Scorsese (Shutter Island, 2010), c’est au tour de Dennis Lehane d’adapter un livre de Dennis Lehane, Animal Rescue (2010). N’ayant jamais dépassé le premier chapitre de ce qui devait devenir un roman, l’écrivain avait choisi de transformer son texte en nouvelle, publiée ensuite au sein du recueil Boston Noir (2011). Frustré par la sensation d’inachevé et hanté par les personnages qu’il avait créés, Lehane était déjà travaillé par l’envie d’en tirer un scénario avant même d’être contacté par la société de production à l’origine du projet de film. Habitué à mettre en scène ses propres scénarios, Michael R. Roskam ne pouvait donc rêver meilleur co-scénariste que le chef de file du roman noir (par ailleurs grand admirateur de Bullhead (2011), son précédent film) pour son passage à l’Ouest.

"Je savais que c’était une intrigue qui me correspondait", les propos de Roskam tombent sous le sens tant le Jacky de Bullhead ressemble au Bob de Quand vient la nuit. Deux hommes à la vie a priori banale, mais deux hommes indéchiffrables à force d’avoir refoulé leurs émotions, ne rendant ainsi que plus redoutable le moment de leur surgissement. Trafic d’argent, organisation criminelle, règlements de compte, les incontournables sont bien au rendez-vous mais comme dans La Griffe du passé (Jacques Tourneur, 1947), pour ne citer qu’un illustre aïeul, tout ça n’est finalement qu’une couverture, une devanture distrayante, pour nous parler de personnages marqués par leur passé. Marv court après sa gloire d’antan, après le temps où il était quelqu’un, Nadia est une femme meurtrie et si on ne sait rien du passé de Bob, on le découvre quasi mutique et solitaire. Le film de gangster est là pour habiller les conflits moraux de ces êtres ; tourmentés par des choix qui les mèneront vers leur perte ou leur salut, ni complètement salauds, ni tout à fait victimes, les héros de Lehane sont éclairés par un chef opérateur, Nicolas Karakatsanis, sous influence caravagesque. Pris entre la violence et la chute, le chemin est encore long jusqu’à la rédemption si elle est encore possible car tout film noir a ses règles ; celui qui se retourne a perdu, celui qui laisse la porte entrouverte à son passé est puni.
 

 
Le classicisme n’effraie pas Roskam qui ne pense à aucun moment ce qualificatif comme un synonyme de poussiéreux ou de soporifique, et on ne peut que le remercier pour ça. Montage transparent, plans cadrés et cadres posés, les situations et les personnages ont le temps et l’espace pour s’épanouir et dévoiler leur complexité, leurs failles, car les apparences sont souvent trompeuses. La réussite du film tient autant à sa réalisation soignée et élégante qu’à son casting. Tom Hardy, qu’on savait capable de performance du style "passez par la case Actor’s Studio et gagnez un Oscar" comme dans Bronson (Nicolas Winding Refn, 2008), est aussi capable de subtilité. Corps massif et regard à la Bambi, il incarne parfaitement ce barman introverti dont les seules manifestations émotionnelles résident dans un froncement de sourcil, un regard qui se voile ou un tressaillement du visage. En cela, le film ressemble à son personnage principal, d’apparence simple et sereine jusqu’à l’explosion brève et soudaine de sa violence rentrée. James Gandolfini dans son dernier rôle, celui du cousin Marv, tire sa révérence en beauté.

Titre original : The Drop

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Durée : 107 mn


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