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Né à Jérusalem (et toujours vivant)

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Prétexte à découvrir l’Histoire récente de Jésusalem, ce film tendre et drôle devient une jolie histoire d’amour.

Vivacité du cinéma israélien

Le cinéma israélien est sans doute l’un des plus inventifs et courageux du monde. Les exemples abondent de la variété de ses genres et de ses sources d’inspiration et certains, et non des moindres, sont actuellement à l’affiche à la suite de la pandémie dont notamment le magnifique Chained de Yaron Shani. Né à Jérusalem (et toujours vivant) est le premier film que Yossi Atia et David Ofek, venus du court-métrage et de l’interprétation, réalisent ensemble suite à une idée qu’avait eue Yossi Atia en organisant une visite guidée qu’il intitule « Du traumatisme à la fantaisie », programmée plus de quatre fois lors de la saison culturelle de Jérusalem. La visite a lieu dans la rue Jaffa et suit les traces des attentats palestiniens des années 2000 à 2005.

 

Comédie traditionnelle

C’est cette idée de visite qui va donner naissance à ce film dans lequel d’ailleurs Yossi Atia jouera le rôle principal du narrateur et guide spécialisé, Ronen Matalon. Pour un premier film, la réussite est totale car Né à Jérusalem utilise à la fois la situation particulière du pays toujours au bord de l’attentat et de la guerre, et les ressorts de la comédie traditionnelle juive où les personnages sont à la fois grotesques et attachants, en souvenir du schlemiel qui apparaît souvent et fait rire à ses dépens. On pense ici bien sûr souvent à Woody Allen, ce juif new-yorkais qui n’a jamais nié ses sources d’inspiration. Ronen Matalon pourrait être l’un de ses personnages, lui qui se fait critiquer par son père et par son ami et colocataire, Simon, dès lors qu’il décide d’organiser ces visites guidées pour touristes afin de leur faire découvrir les endroits des attentats de la célèbre rue Jaffa de Jérusalem sans se faire payer. Ronen est très attaché à sa maison de famille, au passé et à l’Histoire d’Israël. Il paraît même un peu pusillanime. « Le personnage principal vit dans une maison en pierres qui appartient à sa famille, déclare Yossi Atia dans la note d’intention du film. Elle est située au centre d’un quartier ultra-orthodoxe. La maison est encore telle qu’elle était il y a quatre-vingt-dix ans, c’est une sorte de musée caché. Ce décor apporte au film un peu du poids du passé. »

 

L’amour comme catharsis et ouverture

Pour lui, il s’agit d’un devoir de mémoire, mais ni les touristes, ni les habitants ne l’entendent de cette oreille et cette situation, paradoxalement, sera le ferment de l’humour délicat de ce film attachant et inattendu. Bien sûr, au détour du chemin, Ronen rencontrera l’amour en la personne de la jolie Asia Mulan, qui deviendra alors le sujet même du film, puisque celui-ci va à la fois le transformer et transformer sa vie, et par cercles concentriques son père et son ami et colocataire. Chacun y trouvera finalement son compte, comme si ce parcours de visites avait été une sorte de catharsis et le film se termine sur des images proches de ce qu’on pourrait appeler un peu hâtivement le bonheur. Mais ce dernier est-il possible en Israël ? On peut encore l’espérer. Laissons la parole à Yossi Atia dans le dossier de presse du film : « Cette histoire d’amour ajoute au film l’énergie et la sensation d’un nouveau départ et offre à Ronen une possibilité de sortir de sa routine. Dans ces scènes, l’humour naît du contraste entre la joie de vivre d’Asia, le désir de Ronen de la conquérir, de vivre une histoire d’amour et les discours obsessionnels de celui-ci sur la mort. Ce mélange de sentiments, entre routine et peur des attentats, incarne le quotidien de la vie en Israël. »

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Durée : 83 mn


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