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Nadia, Butterfly

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Nadia aux JO de Tokyo est en passe d’abandonner la compétition pour d’autres voies. On assiste ici à ce bouleversement.

Filmer au plus près des JO

En 2008, à 19 ans, Pascal Plante est encore un nageur de haut niveau canadien, et rate de peu la sélection aux Jeux Olympiques de Pékin. « J’étais à l’aube de la vingtaine, un âge où on se définit beaucoup, où on change, où on devient la personne qu’on a envie de devenir, confie-t-il dans le dossier de presse du film. Se lancer à pieds joints dans une carrière intrinsèquement temporaire, vouée à se terminer à 30 ans, c’est un gros pari. À l’époque, j’avais déjà d’autres intérêts. Parmi les autres nageurs, j’étais l’artiste, le cinéphile. Ma transition d’une passion à l’autre a été facile. » Le cinéphile franchit le pas et réalise en 2016 son premier long métrage, Les Faux Tatouages, primé dans certains festivals et remarqué notamment à la Berlinale, ce qui lui permet d’obtenir des fonds pour préparer ce deuxième long métrage en surfant sur la vague des JO qui, avant la pandémie, devaient avoir lieu en 2020. Tout est chamboulé hormis la sortie du film qui se fera donc presque un an plus tard, mais synchrone avec les JO de Tokyo 2020 qui auront enfin bien lieu, mais en 2021 !

 

Une approche documentariste

Sélectionné par la Quinzaine des Réalisateurs pour la session de 2020 qui, hélas, n’aura pas lieu, le film bénéficie donc d’une sorte d’aura avant sa sortie en salles.

Cinéaste de fiction à l’approche documentariste comme on aime parfois à définir Pascal Plante, son deuxième long-métrage, un peu comme le premier, est donc filmé et pensé à la lisière entre le réel et l’imaginaire. Du côté de l’imaginaire, c’est Nadia, championne de natation brasse papillon qui, à 23 ans, prend la décision controversée de se retirer de la natation professionnelle et de s’affranchir d’une vie de sacrifices pour se consacrer à des études paramédicales. Mais Nadia, comme madame Bovary pour Flaubert, c’est aussi un peu Pascal Plante. Pour la filmer, il a fait passer un casting très pointu pour trouver la nageuse qui incarnerait au mieux sa Nadia, Butterfly (la référence opératique et cinéphilique ne nous aura pas échappée) et c’est la championne canadienne Katerine Savard qui incarnera parfaitement Nadia Beaudry à l’écran.

 

Filmer le doute et l’émotion

Cette valse hésitation entre la rigueur de l’entraînement et les errances de la jeune fille qui rêve à autre chose permet au réalisateur une balade dans le Tokyo au plus loin des rendez-vous touristiques, le plus souvent dans le village olympique qu’on n’a jamais vu sous l’angle d’une sorte de lupanar improvisé. Cette ambiance torride ne va d’ailleurs pas sans rappeler celle de son premier long-métrage qui raconte les émois d’un jeune homme de dix-huit ans qui rencontre un femme plus âgée le soir de son anniversaire. C’est ici aussi que Nadia rencontre l’amour d’un soir avec un athlète libanais, sous les regards étonnés de ses camarades nageuses. Ce très beau film est aussi un documentaire sur la natation et les plans sur les épreuves dans l’eau sont particulièrement réussies, mêmes si les séquences oniriques subaquatiques sont parfois un peu convenues. « On devait la réussir dès la première prise, parce que l’implication des nageuses était conséquente. Elles y allaient à 100%. Si quelque chose s’était mal passé, il aurait fallu attendre deux heures avant de tenter une nouvelle prise. » Pascal Plante connaît parfaitement son sujet et les doutes de Nadia sont bien sûr aussi les siens. L’ensemble est une réussite qui donne ses lettres de noblesse à une discipline sportive peu connue, et rend le personnage de Nadia fort attachant. Il faut souligner le design sonore d’Olivier Calvert et les images de Stéphanie Weber Biron qui apportent au film à la fois du naturel et une qualité artistique indéniable.

 

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Durée : 107 mn


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