Moonwalkers

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Houston, on a un gros problème.

 « Un petit pas pour l’Homme, un bond de géant pour l’humanité » et un gros mensonge pour certains humains pour qui ce pas sur la Lune est aussi véridique que la mort d’Elvis Presley, l’avion sur le Pentagone ou l’existence du Père-Noël (quoique…). Aux yeux des adeptes de la théorie du complot, l’homme n’a jamais réellement marché autre part que sur la Terre et les images télévisées le 20 juillet 1969 n’étaient rien d’autre qu’une supercherie organisée par la CIA avec le concours de Stanley Kubrick. Tout délire a sa cohérence interne, qui aurait été en effet mieux placé que le réalisateur de 2001, l’odyssée de l’espace (1968) pour rendre ce trip ultime crédible ? C’est en tombant sur cette théorie farfelue à l’occasion de recherches sur internet qu’est venue à Antoine Bardou-Jacquet l’idée de Moonwalkers, son premier long-métrage après une carrière dans la publicité.

Tom Kidman est un agent de la CIA atteint de stress post-traumatique post Vietnam, Johnny est un manager musical raté et anglais ; a priori rien ne les lie si ce n’est la mission Apollo et la Lune. Incertain de la réussite de la mission lunaire, l’agence américaine préfère assurer ses arrières en prévoyant un plan B : filmer ces premiers pas, sur Terre, dans un studio de cinéma. Pour mener à bien ce projet, Kidman est envoyé à Londres dans l’espoir de convaincre l’agent de Stanley Kubrick qu’il croit être Johnny suite à un quiproquo ; ce dernier s’enferre alors dans le mensonge qui n’est que le nouveau d’une longue série de feintes et d’évitements aux conséquences plus ou moins dangereuses pour lui, et pour son entourage.
 


 
De Kubrick à Antoine Bardou-Jacquet, la distance est évidemment aussi grande que de la Terre à la Lune, le but du réalisateur n’étant pas de se lancer dans un duel perdu d’avance avec le maître. Non, il l’affirme lui-même dans le dossier de presse, sa seule ambition est de « privilégier la comédie et non les effets complexes ou autres mouvements de caméra ». C’est un peu vite oublier, et par là-même lui faire offense, que la comédie est en soi un exercice complexe aux mouvements difficiles. Penser qu’elle puisse, presque naturellement, se passer de toute idée de mise en scène est une drôle de conception du cinéma, surtout quand on finit soi-même par la priver de ce qui la définirait donc toute entière (si l’on suit ce présupposé de base) : des dialogues drôles, un comique de situation, des gags. Rien à signaler côté réalisation (nous l’avons bien compris, le genre ne s’y prête pas), et aucun rire franc côté scénario, la situation elle devient bel et bien complexe pour un film étiqueté « comédie ». Entre le traditionnel malentendu initial à l’effet boule de neige et les blagues sur les stéréotypes liés aux Anglais (coiffés comme des filles) et aux Américains (hyper machos), tout sent le réchauffé ou le congelé, c’est selon mais le fait est que tout a déjà été vu et fait. En mieux.

Le générique psychédélique annonçait un film un peu stone mais le réalisateur oublie très vite de faire tourner et finit par rigoler tout seul de ses propres blagues. Moonwalkers réveille le douloureux souvenir de ces soirées de solitude, et de sobriété, passées au milieu de potes défoncés riant de choses objectivement pas drôles, parce que la nature a eu la bonne idée de nous doter de bronches de fillette intolérantes à toutes substances illicites. Non seulement on n’y rigolait pas, ou alors vaguement pour essayer de s’intégrer, mais en plus on s’y ennuyait fortement. Peut-être conscient de l’aspect morne plaine du scénario, le réalisateur y injecte à doses régulières une femme nue et/ou un bad trip sous acide et/ou une scène d’explosions de têtes beaucoup trop violente et gratuite pour nous arracher ne serait-ce qu’un début de sourire (bravo au passage à toi Mark Millar, toi qui as réussi à faire croire à nos cerveaux fatigués que la débilité était en fait de l’irrévérence, toi dont l’influence s’étend donc maintenant au-dehors de tes Kingsman et autres Kick-Ass). Reste l’habillage sur lequel Moonwalkers mise tout en jouant à fond la carte du folklore seventies avec des gentils en pattes d’éph’, des méchants en costumes trois pièces et beaucoup de choses orange. A la fin, on ne sait plus trop quel était le sujet du film, quels en étaient les enjeux mais on se souvient que sur le lien entre Kubrick et les premiers pas sur la lune, Room 237 (Rodney Ascher, 2013) était un peu plus rigolo.

Titre original : Moonwalkers

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Durée : 107 mn


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