Mon fils à moi

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Derrière les murs immaculés de blanc d´une petite maison de province se cache un lourd secret… Pour son premier long métrage, Martial Fougeron s´attaque à un drame psychologique et plonge le spectateur au coeur même d´une relation malsaine entre une mère et son fils, celle-ci refusant absolument de voir son fils grandir. Elle l´imagine déjà […]

Derrière les murs immaculés de blanc d´une petite maison de province se cache un lourd secret…

Pour son premier long métrage, Martial Fougeron s´attaque à un drame psychologique et plonge le spectateur au coeur même d´une relation malsaine entre une mère et son fils, celle-ci refusant absolument de voir son fils grandir. Elle l´imagine déjà la quittant pour une autre << femme >> alors qu´il entre à peine dans l´adolescence. Lorsqu´il se rase pour la première fois, elle le ressent comme une véritable trahison. On l´aura compris, l´amour qu´elle ressent pour son fils est loin d´être sain et ressemble plus à de la possessivité maladive qu´à un bel amour maternel.

Même si le sujet n´excelle pas en originalité, il est plutôt bien traité et admirablement bien interprété. Ce rapport mère / fils est dès le début propulsé au premier plan et le spectateur se retrouve de suite enfermé dans ce << couple >> (les passages où ils dansent nous font immédiatement penser à un couple) bien particulier. On sent immédiatement que la relation présente n´est pas banale, et on s´aperçoit progressivement aussi qu´elle n´est pas normale. L´enfant doit alors faire face à cette mère ultra-possessive et jalouse qui, de temps à autre, par sauts d´humeur, devient parfois même violente. Résigné, il doit seul affronter cette situation aux côtés d´un père effacé, d´une soeur qui pense mais n´agit pas et d´une grand-mère évincée de la famille par sa fille.

Les acteurs servent beaucoup le film. Nathalie Baye, que l´on est plutôt habitué à voir dans des rôles de femme sensée et vulnérable (L´un reste, l´autre part, Les Sentiments,…), a admirablement bien réussi sa métamorphose en femme dure et sévère, mère possessive et obsédée par son fils. Elle est à la fois glaciale et glaçante et traduit bien cet amour totalement excessif dans les traits crispés de son visage. Quant à Victor Sévaux, il arrive à faire de son personnage un garçon apeuré par sa mère tyrannique sans aller jusqu´à s´effacer ; le dosage parfait.

Cependant, certaines faiblesses font de Mon fils à moi un objet bancal auquel il manque un petit quelque chose. La mère et le fils étant au devant de la scène, Martial Fougeron ne se concentre que sur eux et en oublie les personnages secondaires. Ceux-ci auraient demandé un peu plus d´attention de sa part. Abordant de manière trop superficielle ces autres rôles, le film passe à côté de nombreuses explications. Voulant aller trop vite au coeur du << problème >>, il rate le coche. On aurait, par exemple, aimé savoir pourquoi le père s´efface complètement devant sa femme et pourquoi il ne réagit pas quand cela dégénère. Pourquoi la soeur aînée, qui a manifestement conscience de ce qui se passe autour d´elle, n´agit pas pour défendre son petit frère. Pourquoi la grand-mère, si présente dans la vie du jeune garçon, disparaît de manière aussi brusque.

Trop de questions sans réponses qui donnent à penser que le réalisateur a, par moment, choisi la facilité en se refusant à creuser dans les dédales du comportement humain. En se focalisant sur le couple central, il en oublie presque le principal : chaque rôle a son importance, et il ne faut en négliger aucun.

Titre original : Mon fils à moi

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Durée : 90 mn


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