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Mission impossible : Fallout

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Ethan Hunt est-il encore un héros ?

On mesure l’écart de style entre Mission : Impossible 2 et le sixième volet de la franchise dans les courses-poursuites à moto. Dans le film de John Woo, Ethan Hunt/Tom Cruise enfourchait sa bécane et chargeait cheveux au vent, à grands renforts de ralentis, de plongées et de contre-plongées et de BO rock, tel un chevalier des temps modernes pourfendant le Mal. Rien de tel dans la nouvelle version de Christopher McQuarrie. L’héroïsme – s’il y en a – ne décolle pas du goudron. Caméra au ras du sol, scène uniquement ponctuée de crissements de pneus, Ethan Hunt vieillissant… Bienvenue dans la franchise Mission : Impossible de la fin des années 2010, où tous les repères qui font l’héroïsme foutent le camp.

La mise en crise de l’héroïsme

Mission impossible : Fallout reprend – fait unique dans l’histoire de la saga – là où s’arrêtait Rogue Nation. Ce dernier mettait pour la première fois en péril l’identité de l’Impossible Mission Force (IMF) : désormais parias, Ethan, Benjie (Simon Pegg) et Luther (Ving Rhames) acceptaient d’outrepasser le gouvernement américain afin de mettre un terme aux agissements terroristes de Solomon Lane (Sean Harris), un ancien agent du MI6 d’une délicieuse perversité.

Fallout accomplit esth-éthiquement ce que le scénario de Rogue Nation (Christopher McQuarrie, 2015) proposait. En plus de leur gouvernement, c’est à présent la mise en scène de leur héroïsme qui abandonne les membres de l’IMF. Les combats se font plus âpres, moins acrobatiques – témoin le duel d’une grande violence dans les toilettes du Grand Palais. S’impose la figure bagarreuse et chtonienne de Walker (Henry Cavill) en lieu et place de l’aérien Ethan Hunt. À l’inverse, la classique scène d’infiltration funambulesque d’Ethan disparaît, laissant place à des courses-poursuites dans les tunnels ou des collisions d’hélicoptères. Quant à Ethan Hunt, son état physique sert de miroir à la carrière de Cruise : à plus de cinquante ans, l’acteur-cascadeur accuse le coup et ne fanfaronne plus autant que lorsqu’il s’attaquait dans Protocole Fantôme à la Burj Khalifa (Brad Bird, 2011). En un mot, le ciel se ferme, et la terre se durcit.

Le trou noir de l’anarchie

Fallout se différencie assez nettement des deuxième et quatrième opus. Loin de ces œuvres solaires, à la limite du guilleret (marqué dans Protocole Fantôme par l’arrivée de Simon Pegg), le film se rapproche du très sombre Mission : Impossible 3, auquel il renvoie ouvertement par le retour de l’un de ses personnages. Tournée dans l’après-11-Septembre, la version de J. J. Abrams portait les stigmates du drame. La cuvée 2018, si elle ne fait pas suite à une catastrophe semblable, semble se préparer à une apocalypse à venir – à laquelle travaillent activement les Apôtres, successeurs désignés de Solomon Lane chargés de précipiter la chute de l’ordre mondial actuel.

Parlons-en, des méchants. Leur projet glace les sangs, car contrairement à bon nombre d’antagonistes, ils n’ont pas d’autres finalités que violence et destruction. Pas d’argent, pas de pouvoir en jeu ; pas de revendications à satisfaire. Un pur désir d’« anarchie » qui fait frissonner les tenants de l’ordre mondial. Ce vide, qui a pour visage le faciès inexpressif de Lane, attire. Tel un trou noir, il absorbe toute aura héroïque, toute lumière solaire, pour ne plus laisser béer que les ténèbres. Dans nul autre épisode de la saga on aura vu Ethan Hunt batailler aussi rudement pour sauver un monde aussi vide de sens.

On en vient presque à se demander, si ce n’est à le souhaiter, comme le craignent les supérieurs de Hunt : ne serait-il pas tentant que, dans le prochain volet, le héros « bascule » à son tour ?

Mission impossible : Fallout (Christopher McQuarrie, 2018)

Titre original : Mission: Impossible - Fallout

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Durée : 147 mn


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