Miss Manton est folle de Leigh Jason en DVD

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Une comédie savoureuse sur la guerre des sexes, qui emprunte au genre policier pour faire surgir une belle brochette de femmes détectives branchées lipstick et menées par une demoiselle excentrique !

Trois heures du matin, Miss Manton promène ses chiens après avoir assisté à un bal masqué au cours duquel elle fit une découverte macabre. Dans la maison à vendre des Lane, la jeune femme trouva le cadavre du maître de céans.

Mensonges et élucubrations ne peuvent sortir que de la bouche de Miss Manton, riche demoiselle connue des services de police pour avoir démoli un réverbère et appelé une ambulance pour son toutou qui souffrait d’une colique. La jeune femme s’escrime à dire la vérité, en vain : elle est tournée en bourrique par le lieutenant Brent, lequel lui voue une folle aversion. Le ridicule est relayé par le journal qui insulte, dans son titre, la demoiselle et ses comparses féminines, les qualifiant d’«écervelées». L’insulte est une goutte d’acide qui fait déborder le vase. L’heure de la riposte a sonné : Miss Manton et ses amies, qui toutes se consacrent à des oeuvres de charité, décident d’enquêter sur le meurtre pour rétablir leur honneur.

Le film de Leigh Jason expose une réjouissante guerre des sexes. La gent féminine affronte ces hommes qui bafouent leur nom. Ces derniers sont représentés par des personnages pas toujours reluisants d’esprit et surtout bien bouffons. Le lieutenant, chargé de l’enquête, est sujet à des maux d’estomac qui le tenaillent férocement à l’approche de Miss Manton et passe une grande partie de son temps à se shooter avec son flacon de bicarbonate. Peter Ames, auteur de l’article attentatoire à l’honneur de la demoiselle, est un amoureux transi, plaqué au sol par une escouade de jeunes femmes ou victime de jet d’eau par la bonne, Hilda. Côté femmes, la beauté, la mode et le glamour explosent comme un feu d’artifice. L’enquête criminelle se fait en rouge à lèvres, fourrure et escarpins. À cela s’ajoutent des boutades sur le communisme et les aristocrates et quelques péchés comme la gourmandise. Mais l’élégance coule à flots dans les veines des personnages féminins : Pat, la friande de sandwichs, gâteaux et chocolats, semble avoir une silhouette fuselée ad vitam aeternam. Parfois, la pépinière des Sherlock Holmes au féminin émet des cris stridents et tombe en pâmoison, mais ce portrait caricatural est un régal. Les méthodes de cette brigade sont d’une drôle singularité et l’enquête en terrain « minauderie » est une parfaite réussite.

Le genre policier se mêle agréablement à celui de la comédie. Les répliques baignent dans un ton shakespearien. La relation Melsa Manton / Peter Ames évoque d’ailleurs celle de Catharina / Petruchio dans La Mégère apprivoisée du dramaturge anglais, où l’homme tente de dresser la femme. L’humour apparaît aussi avec ce pathos qui s’invite, avec allégresse, dans une scène où le journaliste, grabataire, veut faire tomber Mesla dans un attrape-nigaud afin que sa langue se délie. Miss Manton est folle s’approprie les farces de Chaplin pour les assaisonner d’une sauce glamour, sans porter atteinte au genre féminin qui s’avère efficace pour faire la lumière sur un meurtre et ressort  finalement avec tous les honneurs. Comiques verbal, gestuel et de situation enveloppent le film qui, par ailleurs, offre quelques petits moments de suspense, comme celui, à la fin, succèdant à la visite nocturne du métro.

Le brin farfelu et excentrique de Miss Manton et de sa clique nous emporte délicieusement dans une enquête criminelle qui épouse la féminité sous une pluie de cotillons glamour et rafraîchissante. Un vrai festin !
 

Titre original : Mad Miss Manton

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Durée : 80 mn


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