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Mike

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Quelque part entre les frères Dardenne et Monte Hellman, Lars Blumers trace sa route dans ce premier film rempli de bière, de bons copains et de belles bagnoles. Rafraichissant et plutôt convaincant.

Dans la petite ville alsacienne de Kembs, les jours passent et se ressemblent. Du haut de ses 20 ans, Mike joue les éternels adolescents. Avec ses copains Fred et J.C., il prend la vie comme elle vient, avec ses plans foireux, ses virées en bagnoles et ses démêlés avec les flics. Arrive dans sa vie Sandy, belle blonde délurée et pas demeurée : saura-t-elle amener Mike à l’âge d’homme ?

Pour son premier long-métrage librement inspiré d’un fait-divers, Lars Blumers investit les terres de son enfance. Il reproduit, non sans une dose d’ironie, une Alsace rurale plus vraie que nature, avec ses traditions, sa légendaire propreté et sa douce chape d’ennui. Le film lorgne même du côté de l’émission Strip-tease lorsqu’on pénètre l’intérieur bourgeois des parents de Sandy, la petite copine de Mike. C’est à la fois excessif et fichtrement crédible, l’émission nommée plus haut nous ayant appris qu’il n’est rien de plus saugrenu que l’humain, rien de plus extravagant que le réel. On rit parfois et on sourit souvent, car Lars Blumers sait marier avec subtilité réalisme et burlesque. La fantaisie des situations permet à Mike de prendre son envol, de s’arracher du plancher des vaches et du réalisme (trop) social qui menaçait de le plomber.

Avec ses couleurs chaudes, ses lumières douces et une esthétique un brin seventies, Mike séduit également par sa photographie. Une mise en image aseptisée et publicitaire ? Le reproche pourrait être légitime tant les décors, les costumes et les couleurs sont flatteurs, arborant une forme de marginalité convenue. Toujours est-il que la beauté des images et des plans-séquences de même que le rythme du récit nous emportent. Les acteurs, Marc-André Grondin et Eric Elmosnino en tête, savent être à la fois drôles et touchants. Le film oscille ainsi entre humour et tendresse, légèreté et gravité.

Plus que la peinture d’une jeunesse rurale engluée dans l’ennui, Mike est aussi un vrai-faux road-movie. Vivre vite, mourir jeune : l’esprit du cinéma américain indépendant souffle sur le film. Mike a la fâcheuse habitude de voler des voitures. Pas question de les revendre ou de les brûler : il vole des voitures juste pour le plaisir de conduire et d’assouvir son désir d’ailleurs. Grisé par la vitesse, le jeune homme se sent libre, capable de fuir, mais finit pourtant toujours pas reposer les berlines « empruntées » là où il les a trouvées. C’est tout le paradoxe de ce road-movie alsacien : on passe son temps en voiture mais, plutôt que de tailler la zone, le personnage tourne en rond et finit par rentrer dormir chez papa.

Le film décrit ainsi l’itinéraire d’un enfant plutôt gâté par la nature mais qui vient s’écraser contre les règles d’un monde adulte auxquelles il est incapable de se conformer. Mike glisse ainsi lentement et habilement de la comédie vers le drame. Même si le projet s’essouffle un peu dans son dernier tiers, Lars Blumers réussit ainsi pour son premier film le pari osé d’un cocktail explosif entre réalisme social et burlesque.  

Titre original : Mike

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Durée : 96 mn


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