Metropolitan

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Gosses de riches et peines de coeurs : le délicieux premier film de Whit Stillman ressort en version restaurée.

Dans Breakfast Club (John Hughes, 1985), les cinq lycéens devaient, dans une dissertation à écrire au cours d’une retenue, répondre à la question “Qui pensez-vous être” ? Si Metropolitan (1990), le tout premier long métrage de Whit Stillman (Damsels In Distress, 2012), se situe dans un milieu social tout à fait différent, ses personnages semblent, tout au long du film, n’avoir de cesse de se poser la même question. Quelque chose les rassemble en tout cas : le fait d’avoir de l’argent, et de vivre à Manhattan. C’est la saison des bals de fin d’année (“Débutantes”) au milieu des vacances de Noël, “il n’y a pas si longtemps” avant 1990. Il y a donc beaucoup de fêtes, plusieurs chaque soir, et Charlie, Audrey, Nick et les autres se retrouvent par habitude, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire et que c’est, de tout manière, l’endroit où il faut être. Problème : un bon nombre de filles est en manque de cavaliers, d’où le recrutement inopiné de Tom, fils de divorcés un peu déclassé qui doit louer ses queues-de-pie et vivre, comble de l’horreur en ces temps-là, dans l’Upper West Side avec sa mère désormais célibataire et sans le sou. Audrey tombe très vite amoureuse, Tom préfère Serena, un crush de lycée dont il ne s’est jamais vraiment remis. L’info sera révélée au cours d’un “action ou vérité” alcoolisé.

C’est à peu près tout. Tourné pour 225 000 dollars – une broutille, Whit Stillman aurait vendu sa maison pour financer son film -, Metropolitan s’attache aux pensées et conversations des personnages plus qu’à leurs actes. Unité de lieu – tous se retrouvent après les fêtes dans l’appartement de Park Avenue des parents de Sally – pour pallier le manque de moyens financiers, et ce sont les discussions que l’on suit. Ça tombe bien, ils savent tous très bien faire semblant d’être cultivés, et devisent littérature (Jane Austen surtout, qu’on n’a “pas besoin d’avoir lu pour en parler”), pensée socialo-marxiste (Tom est adepte du fouriérisme) et déclin de la classe aristo – pour les définir. Horrifié à l’idée qu’on puisse les traiter de yuppies, Chris invente le terme UHB (Urban Haute Bourgeoisie). Les répliques sont vives, les dialogues brillants : c’est assez pour rendre Metropolitan passionnant, film qui sous-tend autant le besoin d’appartenance à cette classe sociale qu’il s’en moque frontalement. Belle dualité qui rend caduc, trente ans auparavant, le moindre épisode de Gossip Girl, qui décrivait le même milieu sans la moindre once de second degré, s’auto-satisfaisant de la mise en scène de fastes scandaleux.

 

La beauté de Metropolitan réside principalement dans la connaissance très précise qu’ont ces jeunes gens de leur environnement, parfaitement conscients que les rites qu’ils perpétuent sont en train de mourir – ou le sont déjà, peut-être, depuis longtemps. C’est ainsi qu’ils vivent tout cela comme un grand jeu, une grande scène de théâtre sur laquelle ils auraient chacun une fonction déterminée, des rôles à jouer et des lignes à réciter. Et surtout, surtout, il s’agit de vivre le plus vite possible, le plus loin dans la nuit possible – le film est à leur image, bercé par les incessants airs de cha-cha et de fox-trot, musique légère qui masque l’amertume avec toujours comme un temps d’avance. Car Metropolitan, bien qu’assez statique, va vite, s’évapore aussi rapidement que les bulles du champagne bientôt éventé. Ce tempo quasi fitzgeraldien convient bien à l’idée, que tous partagent clairement, qu’il faut dissimuler ses propres doutes et hésitations derrière une façade sociale irréprochable. Car tout aussi vite, ce sera la fin des vacances, le retour dans les universités respectives, où les blessures affectives resteront vivaces si l’amour ne se déclare pas tout de suite. A la fin, sur une plage de la côte Est, les demeures resteront luxueuses ; mais le groupe sera éclaté, et l’instant qu’ils se dépéchaient de vivre et de partager, lui, appartiendra déjà au “il n’y a pas si longtemps”.

Titre original : Metropolitan

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Durée : 108 mn


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