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Mes jours de gloire

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Comment raconter l’adulescence et la difficulté de devenir adulte.

Peter Pan chez les bobos

Après son court-métrage, L’enfance d’un chef, réalisé en 2014 et récompensé par le Prix Canal+ lors de la 55ème Semaine de la Critique à Cannes, Antoine de Bary nous propose un peu, non pas la suite, mais un long-métrage qui revient sur le même thème. Il y reprend surtout son ami, Vincent Lacoste, qui va camper à merveille ce qu’on pourrait appeler un adulescent. Le personnage qu’il incarne, Adrien, était un enfant star qui a cartonné plus jeune dans le cinéma mais, depuis, il n’a plus rien tourné. Sa mère est psychanalyste et se comporte avec lui comme une mère un peu abusive, ne lui donnant finalement pas les moyens de s’inscrire dans l’âge adulte. Du coup, Adrien, se sent impuissant, il ne trouve ni amour, ni job, ni rôle à sa hauteur, sauf peut-être le rôle du général de Gaulle dont il a du mal à endosser le costume bien trop grand. « Adrien doit jouer De Gaulle et ne parvient pas à avoir la gaule ! », comme le dit si bien le réalisateur du film.

 

 

Vincent Lacoste crève l’écran

Voici un film drôle et mélancolique à la fois, vraiment en phase avec notre époque et qui propose des portraits parfois tendres, parfois cruels, des urbains qui nous entourent, tels les parents qui se séparent, les copains qui se comportent comme des vieux gosses devant leurs écrans, les jeunes filles en fleurs qui ont été déflorées à 13 ans, etc. Toute cette faune qu’on appelle maintenant familièrement les bobos parisiens déconcerte vraiment Adrien et l’admirable Vincent Lacoste parvient à lui donner à la fois des expressions, une manière d’être absolument remarquables qui en font une sorte de Charlie Chaplin teinté de Buster Keaton. Mes jours de gloire – qui est bien sûr une antiphrase – ne raconte pas autre chose que le mal de vivre d’un jeune homme moderne qui ne parvient pas à mûrir, une sorte de Peter Pan qui a connu trop tôt la célébrité et à qui on n’a pas donné les clés de la vie, même si sa mère est psy. Au niveau des acteurs, le casting est parfait, car hormis Vincent Lacoste, on y trouve Emmanuelle Devos dans le rôle de la mère fofolle et Christophe Lambert méconnaissable dans celui du père devenu alcoolo et dépressif.

 

Portrait d’un anti-performer

Bref, une vision assez désenchantée de notre monde, même si le film est truffé de gags, parfois hilarants grâce à la présence et au génie comique, plein de naturel, de Vincent Lacoste qui porte littéralement le film, notamment dans la séquence d’ouverture et celle de la grande roue. Noée Abita, qu’on avait découverte en 2017 dans Ava de Léa Mysius, n’est pas vraiment convaincante dans le rôle de la jeune lycéenne dont Adrien croit tomber amoureux. Mais l’ensemble tient bien la route et la sexualité n’est pas oubliée d’autant qu’elle ne se vit plus vraiment comme un tabou chez les jeunes actuels, sans pour autant que tous les problèmes soient résolus, loin de là. Vincent Lacoste exprime très bien ce ressenti dans le dossier de presse du film : « Adrien ressent un blocage par rapport au monde compétitif d’aujourd’hui, à l’injonction de la performance y compris dans le sexe. Adrien, c’est l’anti-performeur, il est ultra-sensible et un peu inadapté au monde actuel. Quand on est un peu timide, qu’on n’a pas totalement confiance en soi, on ne sait pas trop comment faire dans cet environnement. En ça, c’est un film très actuel. » Pas mieux.

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Durée : 110 mn


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