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London House

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Un scénario bien ficelé mais qui possède un peu trop un air de déjà-vu.

Dans un quartier résidentiel londonien, Kate et Justin forment un charmant couple de trentenaire qui se prépare à l’arrivée de leur premier enfant. Tout se déroule de la meilleure façon qui soit jusqu’au moment où Teresa et Jon, un autre couple, également dans l’attente d’un enfant, vient emménager dans l’appartement du rez-de-chaussée. La relation de convivialité qui s’instaure dans un premier temps entre les deux couples va rapidement prendre une tournure beaucoup plus pernicieuse et tragique. Un cadre confiné et clos, des sentiments d’attraction-rejet entre les personnages, un climat paranoïaque, David Farr rassemble, pour son premier film, tous les ingrédients qui constituent les meilleurs thrillers psychologiques. Même si London House est loin d’atteindre les sommets du genre, il n’en constitue pas moins un très honnête exercice de style.
 

 
Le poids des références

Trop nombreuses et flatteuses apparaissent les sources d’inspiration de David Farr. Le jeu de miroir inversé entre deux blondes archétypales : la femme enfant (Clémence Poésy) face à la femme fatale (Laura Birn) puis l’inéluctable fascination réciproque, on retrouve ici le schéma exploré jusqu’à l’extrême par Barbet Schroeder dans Jeune femme cherche appartement (1992). L’angoisse insidieuse autour de l’arrivée du nouveau-né, les intentions maléfiques de l’entourage rappellent d’autant plus Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) que le réalisateur ponctue certains moments d’inquiétude par un thème musical qui ressemble étrangement au lancinant « Sleep Safe and Warm » entonné par Mia Farrow. Plutôt que d’exploiter la veine horrifique, Farr préfère construire un thriller psychologique à partir de situations quotidiennes qui glissent progressivement vers un dénouement inacceptable. Le stratagème pervers mis en place par la doucereuse Teresa, ressemble à s’y méprendre au scénario de La Main sur le berceau (Curtis Hanson, 1988). Cette forte intertextualité ne dissout pas pour autant toute trace personnelle de l’auteur. Metteur en scène de théâtre, David Farr apporte un soin tout particulier à la dimension symbolique des décors et des accessoires, les deux niveaux de la grande maison bourgeoise se distinguent autant que leurs propriétaires respectifs. Une photographie aux couleurs parfois So British imprègnent une atmosphère singulière. La géométrie des lieux est parfaitement maitrisée, les fréquents passages d’un espace large à une image confinée imposent un réel sentiment d’inquiétude.

 

Une mécanique (trop) bien huilée

La durée du métrage est inhabituellement courte pour ce type d’intrigue : moins d’une heure trente. Pas forcement une mauvaise nouvelle au regard d’une certaine tendance actuelle des cinéastes à souligner leurs intentions et répéter leurs effets pour être surs d’êtres bien compris, à l’instar du récent A Cure For Life (Gore Verbinski). Le format choisi pour filmer London House s’apparente davantage à celui d’un pilote d’une série télé qui susciterait le besoin de poursuivre l’intrigue par la suite. David Farr, qui a travaillé sur la série MI-5 et écrit l’excellente adaptation du roman de John Le Carré, Le Directeur de Nuit, pour la BBC, maîtrise parfaitement l’art de la concision et le sens du timing. Un récit sans redondances, des scènes concises et limpides, des dialogues au cordeau, des interprètes parfaitement raccords avec leurs personnages (mention spéciale pour David Morrissey, le Gouverneur de The Walking Dead) ; London House déroule son programme sans anicroches. Trop facilement peut être. On se laisse tellement porter par les événements que l’on en vient à en prévoir l’issue bien avant le terme. C’est bien dommage. On aurait espéré un surplus de mystère et une moralité plus équivoque, pour relever la saveur d’un plat qui apparaîtra peut être un peu trop réchauffé au goût de certains amateurs de thrillers psychologiques.

Titre original : London House

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Genre :

Durée : 86 mn


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