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Les Révoltés de l’île du Diable

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Un film noir et poétique sur l’incarcération.

Au début du 20ème siècle, Bastøy (une île norvégienne), abrite une maison de redressement. Enfants et adolescents vivent dans de dures conditions d’incarcération. L’arrivée d’un nouveau détenu sème le désordre dans l’institution.


Rigueur, discipline et vent de révolte

Les Révoltés de l’île du Diable  s’inspire d’une réalité très dure, celle d’une maison de redressement norvegienne qui a accueilli des pensionnaires pendant plus d’un demi-siècle (1900-1970). Bâtie sur une île, l’institution est isolée du monde extérieur. Dans ce film, Marius Holst dévoile le sort effroyable, et méconnu, des jeunes détenus. Sévices corporels et humiliations constituent le quotidien des personnages qui perdent alors toute humanité. Ainsi les deux ados, Olav et Erling deviennent de simples numéros.

Le long film n’est pas sans défaut. Les Révoltés de l’île du Diable accumule un certain nombre de clichés sur la représentation des prisonniers (substitution du prénom par une matricule, cheveux coupés, régime alimentaire carencé et cellule d’isolement pour les plus récalcitrants). La structure du film est simple. Elle se découpe en deux temps : l’ordre puis la révolte, provoquée par la venue d’un personnage. Marius Holst s’appuie sur une documentation précise des faits pour réaliser sa fiction, mais il emprunte de gros sabots pour se perdre dans des effets dramatiques, notamment lorsque les personnages se soulèvent contre l’autorité.

Le film est inventif lorsqu’ il se permet une référence au mythe de Sisyphe pour exposer tout le désespoir du prisonnier. L’histoire réussit à s’extraire d’un certain classicisme grâce au jeu de ses interprètes débutants (hormis ceux qui incarnent le gouverneur et le surveillant). Le personnage d’Erling frappe par son charisme tandis que celui d’un jeune blond, préposé à la corvée du linge, touche par sa grande fragilité. Et le portrait du jeune Olav, passant de la soumission à la rebellion, est dressé avec beaucoup de justesse.

 

Blanc comme neige

Les Révoltés de l’île du Diable en  traitant des conditions de détention de jeunes garçons et adolescents apparaît comme un pendant masculin du long métrage The Magdalene Sisters (avec une dimension religieuse beaucoup moins présente). Cependant, le film norvégien se singularise par une dimension poétique qui sublime la narration. Un épais manteau blanc recouvre la maison de redressement et ses environs. En contraste, la tenue sombre des pensionnaires révèle que ces derniers ont encore un pied dans l’innocence.  Dans un entretien, Marius Holst raconte, à propos des jeunes prisonniers, que « la plupart d’entre eux n’avaient commis aucun crime, et ceux qui s’étaient attirés des ennuis n’étaient jamais passés devant un tribunal ». Il ajoute que « leur seul crime était d’être issus d’un milieu pauvre et défavorisé ».

Le blanc, omniprésent dans film, lie l’atmosphère glaciale au sentiment d’abandon qui règne dans l’institution, les rêves d’évasion à un avenir prometteur. La neige et la mer font penser au tableau de Caspar David Friedrich, Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages. Autour de cet enfer que constitue la maison de redressement, l’étendue de cette mer gelée évoque un long chemin menant au paradis. Le désir d’évasion est transfiguré par les éléments naturels mais également par la littérature, lorsque pour échapper à la réalité du quotidien, l’un des détenus écrit une histoire où plane un sentiment de liberté.

Les Révoltés de l’île du Diable est un long métrage qui brille surtout par son immersion dans un paysage rude et dans une poésie épurée, au milieu de la noirceur.

Titre original : Kongen av Bastoy

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Durée : 115 mn


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