Les Méduses

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Film choral de deux écrivains israéliens, Etgar Keret et Shira Geffen, Les Méduses a été le coup de cœur de Cannes 2007 et l’objet de nombreux éloges. Outre la curiosité que confère le renouveau du cinéma de la Terre Promise, Les Méduses détient une part de singularité lyrique, décalée et profondément humaniste. Tout comme La […]

Film choral de deux écrivains israéliens, Etgar Keret et Shira Geffen, Les Méduses a été le coup de cœur de Cannes 2007 et l’objet de nombreux éloges. Outre la curiosité que confère le renouveau du cinéma de la Terre Promise, Les Méduses détient une part de singularité lyrique, décalée et profondément humaniste. Tout comme La Visite de la Fanfare ou d’autres films de la « Nouvelle vague » israélienne, ce premier long-métrage dérobe la réalité et contourne les genres pour aborder de façon lucide et cocasse les malaises de la population et de la situation nationale.

Le jour de son mariage, Keren se casse la jambe et doit renoncer à sa lune de miel aux Caraïbes…Une mystérieuse petite fille sortie de la mer change la vie de Batya, la jeune fille qui la recueille et qu’elle suit comme son ombre…Joy, une employée de maison en exil, va, involontairement, renouer les liens entre une mère solitaire et sa fille…

Les méduses, dont les réalisateurs ont un suivi un parcours littéraire, transcende la première lecture de l’image pour s’évader dans des métaphores subtiles et surréalistes, comme l’indique son titre. Au croisement d’une poésie  que l’on pourrait qualifier d’équivoque et d’une rigidité romanesque, Etgar Keret et Shira Keffen explorent la solitude des êtres et le destin semblable d’une nation, Israël.

Le plus intéressant réside dans la force symbolique de la mise en scène qui s’opère dans un tissu bleu. Bleu comme les yeux de cette petite fille diaphane, échappée de l’eau ; comme les objets évoquant la mer (bouée, bateaux, jouet d’enfant) et comme le ciel azur de Tel-Aviv. Tous les personnages semblent prisonniers comme dans un caisson qui arrête le temps et seconde la réalité. Ce bleu, de prime à bord inaccessible, est aussi source de régénération. A l’instar du film, il est l’engagement d’un voyage léger et transparent vers le rêve, la force d’un mouvement qui attire l’homme vers une sentiment de pureté.

Au delà de l’intérêt porté à l’élan onirique, c’est d’abord la réalité qui est la pierre angulaire des Méduses. Dans un style anti-conformisme et âpre, les cinéastes se sont attelés à décrire la solitude des êtres dans une société sclérosée. L’individualité étant source de malheur, la petite fille silencieuse redonne espoir et symbolise la refonte des liens entre les hommes. Un message de réconciliation utopique auquel on aimerait croire.

Empli de scènes cocasses, de réflexions sur la réalité et d’un souffle onirique, Les méduses est un enchantement où plane une mélancolie revigorante.

Les Bonus

Les bonus sont composés d’une bande-annonce, d’un making-of et d’une interview didactique mais redondante des deux réalisateurs. Ces suppléments traitent tous deux de la genèse du film, du travail à quatre mains, des acteurs et des thèmes principaux selon des factures différentes, l’un (le making-of) dans un style fluide et entrecoupé d’extraits du tournage.

De par leurs interventions, le mélange de réalisme et d’élan poétique se justifie et renvoie aux formations des deux électrons libres de la scène culturelle israélienne. En véritables novices, Etgar Keret et Shira Geffen avouent avoir trouvé une complémentarité nécessaire pour la réalisation des Méduses. Elle, venant du théâtre, a apporté la vivacité du présent et l’ouverture vers la rêve tandis que lui, romancier et auteur de bande-dessiné, a esquissé chaque personnage donnant corps à l’intrigue. Ainsi, en toute humilité, avec raison et passion, c’est la question de la convergence et de la différence entre littérature et cinéma qui s’impose. Selon eux, la principale difficulté a été d’établir, pour le cinéma, un dialogue avec la réalité, à l’inverse d’un monologue en littérature.

Le Making-of bénéfice également des interventions éclairantes des techniciens et acteurs sur le binôme et la construction des personnages. Concluant un DVD de bonne facture, l’image est composée d’un rendu de couleurs éclatantes.

Titre original : Meduzot

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Durée : 78 mn


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