Les Équilibristes

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Malgré un point de départ intéressant, le film s´embourbe dans une posture thésarde et une mise en scène naïve, hasardeuse et trop symbolique.

Dans sa note d’intention, Ivano De Matteo affirme que « nous sommes tous des équilibristes. Il suffit d’un coup de vent… et c’est le vide".  À l’occasion de son troisième long métrage de fiction (après Ultimo Stadio en 2002 et La Bella Gente  en 2011), le réalisateur italien met en scène ce funeste destin avec comme point de départ le traditionnel schéma du couple disloqué par une affaire d’adultère. De Matteo a le bon sens de s’éloigner très rapidement de ce poncif pour centrer son propos sur le désœuvrement et le désespoir qui peuvent fondre sur un homme ordinaire qui s’est écarté du droit chemin. Il évite le mélo larmoyant mais, malheureusement, le spectateur n’y gagne pas au change. La descente aux enfers de Giulio, père de famille aimant et employé respecté, est actée au moment où sa femme se rend compte de l’infidélité en interceptant des textos coquins. Si la connaissance de cette information est intelligemment décalée dans le récit et qu’à partir de cette découverte le film tente de jouer sur une note lacrymale en présentant le désespoir humain de manière assez frontale, l’émoi est rapidement stoppé par de nombreux écueils.

Bercé par la tentation documentaire, habituelle chez le réalisateur, le récit présente point par point chaque petite évolution dans la déchéance du protagoniste. Tout y passe : perte du logement, problèmes au travail, manque d’argent, exploitation des gens dans le besoin, double emploi, et cætera. Il en ressort un récit terriblement poussif et démonstratif à l’extrême. Sans surprise ni aucun supplément d’âme, le seul spectacle offert est celui d’un individu s’enfonçant dans la misère chaque jour un peu plus et qui s’enferme dans une idée jusqu’au-boutiste de l’honneur en n’admettant jamais la précarité de sa situation à sa famille.

 

Si le film souffre d’un évident manque d’émotion qui l’élèverait au-dessus d’une simple énonciation factuelle, la mise en scène, extrêmement symbolique et insistante, en rajoute sévèrement une couche. De Matteo veut montrer que son personnage est en quelque sorte condamné dès son exclusion du cocon familial et sert l’imagerie de l’enfermement à toutes les sauces. Le grillage au premier plan, lorsque Giulio va jeter les poubelles (quelques instants après la séparation), séquestre le personnage et, comme si cela ne suffisait pas, le couvercle du container à ordures se referme lentement sur lui, le plongeant dans le noir total. Ce genre de figures à forte contenance évocatrice se répète ad vitam aeternam dans le film. Qu’il s’agisse du moment où l’homme va voir sa fille répéter avec son groupe de rock (il n’entre pas dans la pièce et signale seulement sa présence au travers d’une minuscule lucarne agrémentée de barreaux), ou lors du premier plan du film qui, après un long mouvement de caméra labyrinthique et tortueux (arborant ostensiblement le chaos qui va s’en suivre), dévoile furtivement Giulio et son amante passant à l’acte. Trop, c’est trop.

Ainsi, Les Équilibristes, en dépit d’un point de départ intéressant et promettant de résonner de manière significative avec nos sociétés en proie à une violente crise économique, ne fait que narrer lourdement et sans souffle une histoire rendue peu intéressante et avare en émotions à cause d’une mise en scène et de choix narratifs suffocants.

Titre original : Gli Equilibristi

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Durée : 113 mn


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