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Le Soleil de trop près

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Nouveau film sur la schizophrénie avec des hauts et des bas dans un Roubaix nocturne.

Excellents acteurs

Filmé en Scope par un cinéaste et auteur compositeur du Nord de la France, ce premier film s’attaque à un sujet délicat (la maladie mentale) et s’en sort plutôt bien, surtout parce qu’il est aidé par le directeur de la photographie, George Lechaptois, et des acteurs hors pair comme Clément Roussier et Marine Vacth qui crève de plus en plus l’écran. Depuis Family Life réalisé par Ken Loach en 1971 et qui a marqué les esprits par sa force et sa sobriété, on ne compte plus le nombre de films réalisés autour du thème de la folie et de la schizophrénie, tels que Shining, Black Swann, Mulholland Drive et tant d’autres. Mais Brieuc Carnaille n’a pas la prétention de réaliser un film à grand spectacle, mais de faire réfléchir le spectateur sur la manière dont la société qui a toujours réponse à tout tente, par les médicaments, de permettre aux personnes atteintes de ce mal étrange (la schizophrénie) de s’insérer dans le monde privé et celui du travail.

Corps entravé cherche à se libérer

Dans un Roubaix aussi bien filmé que celui de Desplechin pour Roubaix, une lumière, dans des tons chauds souvent ocres et nocturnes, à l’exception du monde technocratique du travail qu’a trouvé le personnage principal, Basile sort de l’hôpital et trouve asile chez sa soeur Sarah qui vit en couple et ne va pas tarder à avoir un enfant. Son frère, pourtant suivi par un médecin, ne prend pas des médicaments assez dosés et continue à chavirer et délirer si bien qu’ils ne peuvent pas le laisser sortir à sa guise. Souvent, elle ou son compagnon lui demande de rendre la clé de l’appartement pour éviter qu’il ne sorte. Le médecin, prévenu, augmente les doses de la camisole chimique et Basile s’en trouve bien mieux. Il rencontre même une jeune fille qui a un petit garçon et il va s’installer avec elle. Il a même trouvé un travail comme prospecteur téléphonique et ses patrons sont même très satisfaits de lui. C’est peut-être ici que le scénario pêche un peu même si on comprend les intentions des deux scénaristes (Brieuc Carnaille et Clément Roussier). Ce travail qui consiste en fait à arnaquer des personnes en les endettant représente tout ce qui est révoltant dans notre société à l’agonie. Mais les médicaments aident bien le patient à s’intégrer à fond. Jusqu’au jour où… Tout va en effet craquer et la fin du film que nous ne dévoilerons pas peut paraître à la fois comme une facilité, mais aussi comme l’image de l’échec de la psychiatrie dans ce genre de maladie puisque rares sont les malades à échapper à l’internement.

La terrible banalité du malheur

La mise en scène du film est très intéressante même si les séquences sont quelquefois assez ordinaires, mais tout drame humain n’est-il pas hélas inscrit dans une terrible banalité ? Quelques scènes de danse dans la rue de l’acteur principal, Clément Roussier découvert dans une série et surtout dans Au bout du conte d’Agnès Jaoui en 2013, ne vont pas sans rappeler celle de Denis Lavant dans Mauvais Sang de Leos Carax en 1986. Le film est d’ailleurs assez statique, seul le personnage de Basile est souvent en mouvement, comme un corps qui voudrait échapper à ses entraves, et c’est d’ailleurs ce que Brieuc Carnaille remarque aussi dans l’entretien qu’il a accordé au dossier de presse du film : « À l’inverse des mouvements intérieurs amples de Basile, je souhaitais que la caméra soit posée, presque sèche. Hormis dans certaines séquences, comme celles où Basile danse, par exemple, qui sont improvisées. Ce sont des moments où ses élans de liberté s’expriment et viennent contraster avec le reste des cadres. »

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