Alors que ses désirs et ses attributs physiques -exhibés sans pudeur dans une scène relatant son adolescence – le destinait vers les plaisirs de la chair, depuis son entrée au séminaire, à l’âge de quatorze ans, Miguel a fait vœux de chasteté. Mais il est rattrapé par sa libido, à l’aune de ses trente-six ans, par une illumination nommée Irène, un paroissiale négligée par son époux.
On pourrait s’attendre ici à une énième et convenue dénonciation de l’hypocrisie et de l’aveuglement forcée de l’Église sur la question de la sexualité, et ce pour expliquer les troubles de cet humble serviteur de Dieu. Si Eloy De La Iglesia ne manque pas de souligner « les petits arrangements », destinés à protéger l’Institution – Miguel est affecté aux communions après qu’il ait avoué son attirance pour la belle délaissée, son tropisme est profondément charnel. Dans la paroisse, deux de ses jeunes frères de foi, ne renient pas leurs relations avec l’autre sexe. Le responsable, pourtant âgé, ne s’insurge pas contre les manifestations de la tentation, il conseille de juste laisser passer l’orage.

Le poids de l’éducation, un couple parental vacillant, la propagande morale franquiste – une toile de fond omniprésente -, l’environnement oppressant avec lequel Miguel doit composer ne l’absout jamais. Il est le principal artisan de sa schizophrénie. Il crée son propre chemin de croix – allant même jusqu’à se comparer à Jésus. Contrairement au précepte martelé depuis la nuit des temps, « Le corps est fort et l’esprit est faible » hurle Miguel. Incapable de contrôler une érection, « la sève lui monte au cerveau » sans ambages, provoquant des scènes érotiques hallucinatoires. Ses penchants masochistes et voyeuristes le conduisent dans des comportements extrêmes. Dans les scènes de mutilation, de castration on reconnaît la frontalité et la crudité qui font la force du cinéma d’ Eloy De La Iglesia. Comme dans Personne n’a entendu crier– disponible également chez Artus Films. la frustration, le sang, la duplicité dopent autant de doses d’adrénaline dont Miguel est proprement addict. Miroir à peine grossissant de nos perversités plus ou moins enfouies. Simon Andreu transcende son personnage de prêtre en perdition par une incarnation tantôt fiévreuse, tantôt intérieure, ponctuée d’explosions d’une rare violence. Inspirant aussi bien la compassion, par sa naïveté confondante, que le rejet par la peur qu’il peut susciter.
De nouveau, dans le cinéma d’ Eloy De La Iglesia , les zones d’ombre, pour ne pas dire les aspects les plus vils de l’âme humaine sont contrebalancés par une photographie lumineuse, des couleurs chaudes pleinement retrouvées grâce à la restauration 2K. L’ironie occupe une place salutaire pour dédramatiser les situations les plus scabreuses. Le romantisme joue également les trouble- fêtes dans un univers où la solennité doit logiquement tendre l’atmosphère, les accents élégiaques du thème liturgique composé pour l’occasion par Carmelo Bernaola touche au cœur. Et, la relation passionnelle impossible entre les deux âmes perdues tient solidement la route.Dans un registre différent des autres titres que nous avons chroniqués plus ou moins récemment. Le prêtre, prouve s’il en est encore besoin qu’Eloy De La Iglesia est un auteur majeur du cinéma ibérique.
Notons également qu’un second titre du réalisateur est édité par Artus Films concomitamment : La créature.
Le prêtre -combo DVD/Blu Ray restauration 2 K chez Artus Films.






