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Le monde de Narnia, chapitre 2 : Prince Caspian (Chronicles of Narnia : Prince Caspian)

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Mélange à succès d´Harry Potter et du Seigneur des Anneaux, Le monde de Narnia revient pour un deuxième épisode plus ambitieux, plus épique et, surprise, plus réussi.

C’est presque devenu une tradition. Depuis les sorties hivernales conjointes (et répétées année après année) des deux sagas fantastiques que sont Le seigneur des anneaux et Harry Potter, les plus grands studios tentent, à coup de gros chèques, d’imposer leur propre adaptation d’un « chef d’oeuvre littéraire », si possible tout public et avec des créatures magiques. Au milieu de tous ces ersatz animés par une volonté plus ou moins artistique d’en donner pour son argent aux (grands) enfants rêvant d’évasion et de sorcellerie, Le monde de Narnia se distingue très nettement. D’une part, parce que la saga à l’origine des films est effectivement culte et plébiscitée depuis sa parution (l’auteur, C.S. Lewis, était un fidèle ami – et concurrent intellectuel – de Tolkien). Mais aussi parce que le premier épisode sorti au cinéma a réussi l’exploit d’égaler, ou presque, les résultats de ses deux prestigieux prédécesseurs. On se demande encore pourquoi les producteurs ont attendu aussi longtemps (4 ans) pour donner suite à cet énorme succès.

Peut-être ces années ont-elle servi à apporter une vraie réflexion à cette suite intitulée Prince Caspian ? L’effort n’était sans doute pas inutile, car pour les néophytes en la matière, Le monde de Narnia version 2005 laissait surtout le souvenir d’un film au rythme pachydermique, aux rebondissements moralisateurs, et lourdement métaphoriques (le « roi lion » de l’histoire servant en gros de Jésus Christ réanimant tout le monde à la fin – tant pis pour le drame). Une épopée bien-pensante, donc, pas aidée par son quatuor d’héros niaiseux au charisme incertain. Bref, pas de quoi sauter de joie à l’idée d’en reprendre une louche, surtout quand le nouveau personnage de cette deuxième histoire (le prince Caspian, donc), s’affiche sur tous les kiosques sous les traits d’un minet androgyne au regard d’huître.

Et pourtant ! Dès les premières minutes du métrage, théâtre d’une folle poursuite nocturne rythmée par la puissante partition de Harry Gregson-Williams, l’histoire captive. Centrée sur les personnages humains plutôt que sur les animaux (certains parleront de ménagerie) parlants qui peuplaient le premier opus, l’intrigue a gagné en maturité, en enjeux, en rebondissements, bref, en intérêt. Le prince Caspian est un jeune naïf chassé du trône qui lui est pourtant promis par le roi Miraz, un vilain conspirateur dans la plus pure tradition. Retranché dans les forêts environnantes du royaume, le prince trouve de l’aide parmi les animaux mythiques de Narnia, centaures, souris mousquetaires (sic), minotaures, et autres blaireaux héroïques. Les quatre enfants sont eux projetés de leur monde réel vers ce royaume imaginaire, où ils retrouvent leurs panoplies de parfaits guerriers, prêts à en découdre avec les troupes du roi…

Plus beau, plus fort, plus vil…

Timide dans sa volonté de donner dans le drame shakespearien (on est chez Disney, faut pas abuser), manichéen au possible, Prince Caspian étonne toutefois par son ambition plastique et impressionne parfois par son rythme échevelé. Enfin, le potentiel de ce monde merveilleux est exploité à sa juste valeur, et pour cause : les présentations ont déjà été –longuement – faites auparavant, et le réalisateur Andrew Adamson n’a plus à s’embarasser avec de longs tunnels dialogués. C’est sans doute la principale qualité de Narnia 2 : malgré sa grande longueur, le film passe en un clin d’oeil, tout entier tourné vers cette ultime confrontation entre l’armée des humains et celles des créatures « narniesques ».
  L’influence du Seigneur des anneaux est ici plus évidente, et mieux digérée. Les dernières séquences vont jusqu’à citer littéralement l’oeuvre de Peter Jackson, avec l’apparition d’arbres furibonds et dévastateurs. De même, tout comme les aventures d’Harry Potter gagnent en profondeur et en gravité, celles des héros de Narnia se veulent elles aussi plus brutales, et plus terre-à-terre. Sous leurs armures chromées (créées par les néo-zélandais de Weta Workshop, maîtres d’oeuvres…du Seigneur des anneaux), le « roi » Peter et le vil Miraz s’affrontent dans ce qui reste comme la séquence la plus réussie du long-métrage, un duel au long cours où la dureté de chaque coup est ressentie viscéralement par le spectateur. Et dire que l’on doit à Adamson la naissance de la saga Shrek… Indéniablement, c’est un beau travail d’équipe qui explique la réussite de ce nouvel et spectaculaire opus : du maître d’armes au chef décorateur Roger Ford, responsable de la création de la forteresse du roi, en passant par les SFX renversants et le casting bien plus digeste (Sergio Castellito compose un Miraz d’anthologie, tout comme Peter Dinklage, méconnaissable et savoureux dans le rôle du nain Trompillon), on sent cette ambition commune de faire du Prince Caspian un grand spectacle honnête et enlevé, ni trop dur, ni trop bête. Et tant pis si ce foutu lion tout-puissant revient encore jouer les deus ex machina sur la fin, dans un bête copier-coller du précédent épisode. La pilule passe cette fois à merveille, et sans trop de dégâts collatéraux (comprendre de séquences guimauves réservées aux moins de dix ans). Au suivant !

 

Titre original : Le Monde de Narnia : chapitre 2 - Prince Caspian

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Durée : 143 mn


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