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Le Dernier survivant (The Quiet Earth – Geoff Murphy, 1985)

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Apaisé et mystérieux, un film culte qui donne dans l’Apocalypse introspective.

The Quiet Earth est une pépite méconnue de la SF des années 1980 qui s’avère assez captivante et originale dans le sous-genre post-apocalyptique. Le film adapte le roman éponyme de Craig Harrison tout en convoquant par ses atmosphères d’autres classiques du genre comme le roman de Richard Matheson Je suis une légende (et par extension ses différentes adaptations) et surtout Le Monde, la chair et le diable de Ranald MacDougall (1959), dont il constitue presque le remake officieux. Mais ce qui distingue le film de Geoff Murphy, c’est son ton apaisé laissant bien plus part à l’introspection et aux réflexions métaphysiques.

Zac Hobson (Bruno Lawrence, également co-scénariste du film) se réveille un beau matin pour découvrir que son environnement a sombré dans la désolation. Les signes (plus ou moins explicites) sont mis en place dans une ampleur graduelle afin de nous faire comprendre qu’il est désormais seul au monde : visions psychédéliques étranges provoquant son réveil, horloge désormais figée à 6h12, voisinage puis ville entière totalement déserte. L’inquiétude naît du fait que la population se soit évaporée d’un seul coup, les différents objets et symboles quotidiens semblant s’être figés en même temps que toute vie disparaissait. Il en résulte donc des visions d’une grande désolation à travers ces landes puis paysages urbains déserts dans lesquels déambule notre héros médusé qui créent un climat oppressant quant à la menace sous-jacente du phénomène, cause de cette fin du monde. Les explications arriveront progressivement sans atténuer l’étrangeté de la situation, vraisemblablement liée au projet "Flashlight" sur lequel travaillait Hobson alors scientifique.
 
 

 
La première partie du film déroule donc l’existence solitaire d’Hobson, qui passe par tous les états de peur, folie et désespoir avant de se raccrocher à la vie et de s’accommoder de la situation. Bruno Lawrence est formidable en tenant un bon tiers du film seul à l’écran, alternant jeu tout en retenue poignant et francs dérapages loufoques, comme lorsque son personnage s’abandonne à quelque comportement grotesque tant sa situation semble intenable. Tout bascule à mi-parcours avec l’arrivée d’une seconde survivante, la jolie Joanne (Alison Routledge), avec laquelle s’instaure une complicité amoureuse. La scène de rencontre crée instantanément une certaine intimité entre les deux protagonistes, soulagés d’avoir enfin trouvé autre âme qui vive. Le ton surprend par cette relation tendre et amusée amenant une chaleur certaine, contrebalançant le néant environnant. Un troisième survivant viendra toutefois perturber cette harmonie, Api (Peter Smith). Brutal et dominateur, il instaure une rivalité amoureuse avec Hobson afin d’obtenir les faveurs de Joanne tout en amenant une certaine réflexion sociale puisqu’il est maori, le leadership se jouant également sur cette question raciale.
 
 

 
Tous ces éléments pourraient créer une vraie tension où les personnages s’affronteraient pour prolonger cette Apocalypse à l’intime (un peu comme Le Monde, la chair et le diable justement) mais il n’en sera rien. Les rires succèdent aux disputes de manière presque dérisoires face à ce qui se joue et les questions que se posent les personnages sur leur situation. Châtiment divin ? Cauchemar où rien n’est vrai et où tous rêvent cette situation surréaliste ? Même avec le semblant d’explication scientifique, cette portée onirique demeure – d’autant que les scènes illustrant le phénomène ayant provoqué la catastrophe lorgnent vers 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) avec leur imagerie psychédélique – à travers l’ambiance étrange et paisible posée par Geoff Murphy, la photographie aux teintes de plus en plus picturales et irréelles de James Bartle et le score chargé de spleen et d’atmosphère de John Charles. Ce calme crée un sentiment d’attente et de doute avant un nouveau changement inconnu des personnages. Le film se montre bien plus nébuleux que le livre d’Harrison où les métaphores religieuses étaient plus explicites. L’horloge figée à 6h12 signifiait ainsi les chiffres de la Bête (666 / 6-12 = 6 / 6 plus 6) mais aussi un des versets du Livre des Révélations évoquant l’Apocalypse.

Le film se conclut cependant sur un doute magnifique avec une dernière scène mystérieuse, rien n’est résolu et tout reste ouvert face à une ultime vision fabuleuse. L’Au-delà, une dimension parallèle, une autre planète, tout cela est laissé à la libre interprétation du spectateur qu’on laisse là aussi médusé que son héros. Abonné aux actioners plus ou moins réussis dans les années 1990 et cantonné à la seconde équipe du Seigneur des anneaux dans les années 2000 après un retour à sa Nouvelle-Zélande natale (où il engage Peter Smith pour jouer un Uruk-hai !), Geoff Murphy signe un joli classique SF dont on regrettera qu’il n’en ait pas poursuivi la veine inspirée.

 

Titre original : The Quiet Earth

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Durée : 91 mn


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