L’autre Dumas

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Bonne idée de départ, bonne direction d’acteurs… Et pourtant, la réalisation plate, scolaire, donne à cette belle aventure tragi-comique des allures de téléfilm superficiel, un peu ennuyeux.

Oh la regrettable application ! Sans doute Alexandre Dumas appartient-il toujours au Panthéon des professeurs de français, trop heureux d’offrir à leurs élèves boudeurs une fantaisie romanesque dont le réel est bien avare. Mais doit-on, pour autant, n’observer que vénération figée, reconnaissance intimidée, dès lors que l’on s’attaque à cette "gloire nationale" ? C’est peu dire que l’on attendait de L’autre Dumas de Safy Nebbou autre chose que cette réalisation académique ! Platounette mais riche quand même, à la façon de ces téléfilms en costumes d’époque qui sévissent régulièrement sur le petit écran, souvent encombrés de la présence ogresque de Gérard Depardieu. Et d’ailleurs, tiens donc, l’acteur avec un grand "A" est bien là, dans le rôle de devinez qui…

Foin de sarcasmes ! Si l’on est déçus – par ce manque de panache comme par cette absence de point de vue – c’est que l’idée de départ, elle, ne manquait pas d’audace. De fait, L’autre Dumas n’est pas l’adaptation d’un des livres-fleuves du foisonnant auteur, mais l’adaptation… de Signé Dumas, la pièce cruelle de Cyril Gély et Éric Rouquette, celle-là même qui s’intéressait à la relation d’amour-haine qu’entretenaient pour de bon Dumas et Auguste Maquet, son "nègre" littéraire sur dix sept romans ! Ajoutez-y Gilles Taurand, l’excellent scénariste d’André Téchiné, Robert Guédiguian (Le promeneur du Champ de Mars) ou Christophe Honoré (La belle personne). Pour mieux ausculter ce couple infernal, rien de tel qu’une petite infidélité à l’histoire, s’est dit fort justement ce digne émule de Dumas père : nous voilà donc aux prises avec un Auguste Maquet qui, un beau jour, décide de se faire passer pour l’illustre écrivain auprès d’une jeune admiratrice…

Nul vertige

Substitution d’identité, jeux de masques et de dupes, vertiges de la fiction rattrapée par le réel ou le contraire : où est le génie, où est le mensonge ? On imagine sans peine ce qu’un Guitry ou même un Ophüls auraient pu faire de ce scénario joueur et douloureux, tragi-comique au fond, puisque explorant non seulement les secrets de la création mais aussi, surtout, le besoin de reconnaissance que tout un chacun – même les plus besogneux – ressent. Or ici, le seul objectif que semble s’être fixé Safy Nebbou, c’est de suivre avec vigilance, comme du lait sur le feu, son tandem formé par Depardieu et Poelvoorde. Il n’a pas eu complètement tort : le grand Gérard est presque sobre, donc revivifié, et son belge alter ego est juste remarquable de calme triste et de bouillonnement intérieur. Joli travail de direction d’acteurs. Pour autant, d’élan, de souffle, d’épaisseur, de surprise : point !

Cela n’est sans doute pas un hasard, d’ailleurs, si la scène du bal masqué – a priori l’acmé du film, celle où tout se noue et se dénoue – est la plus terne, en dépit de ses costumes, de ses couleurs, de ses décors et de son apparente fébrilité. L’approche scolaire sied mal à ce genre de mascarade, en guise de métaphore : car c’est alors dans ce qui échappe, flotte ou fuit que l’on devrait percevoir un peu de vérité… D’ailleurs, si malgré tout, L’autre Dumas parvient à déstabiliser un tantinet, à intriguer et donc à captiver par instants, c’est par la grâce des jeux décalés, tout à fait libres, de Dominique Blanc et Catherine Mouchet (les compagnes des deux grands hommes). Leur talent à toutes deux, contrairement à la tonalité générale du film, c’est que même s’il y a exigence et travail pour parvenir à cette lumière, on ne le voit pas.

Titre original : L'autre Dumas

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Durée : 105 mn


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