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L’Audience (L’Udienza)

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Tantôt flamboyant, parfois stagnant, le film de Ferreri est un film difficilement abordable à cause de son hermétisme et d’un rythme brisé. Un choix ambitieux et fort. Le film peut déconcerter.

L’Audience a été tourné par Marco Ferreri en 1971. Vingt ans plus tard, il tournera La Chair. Les deux films montrent une passion commune pour les iconographies religieuses. D’ailleurs, certaines d’entre elles se retrouvent dans les deux films. L’institution cléricale, dans L’Audience, est évoquée de façon directe : Amedeo, un homme aux comportements infantiles et aux tourments spirituels profonds, se rend au Vatican pour s’entretenir avec le Pape. La motivation de cette visite ne sera jamais rendue « publique » aux spectateurs. Elle deviendra l’inconnue du film, ce faux-fuyant qui donnera à l’œuvre son caractère utopique, desuet, obstiné et hermétique.

Amedeo souffre de myopie. Cette pathologie est l’occasion pour le cinéaste de traiter de façon ténue la folie du jeune homme: des flous, des plans inclinés. Le monde chavire et s’enivre pour un mirage. L’infantilisme précédemment évoqué introduit l’idée contraire de rigidité inhérente à la religion catholique. Son attitude (il crache dans l’eau de la source) met les soi-disant serviteurs de Dieu devant le fait accompli. Amedeo représente, malgré sa détermination, une voix de contestation, tout comme la maquette présente dans le film intitulée L’Église détruite par la foi. Une contestation face à la rigueur de mœurs des prêtres. Aïcha (interprétée par la magnifique Claudia Cardinale) sera quant à elle cette prostituée qui enfantera, représentant la Vierge souillée, femme au cœur blessé mais qui n’a pas peur d’aimer.

L’hermétisme de L’Audience provient du choix des couleurs : marron, gris, bleu foncé. Une austérité du décor qui s’accouple avec le vide ambiant et qui est complétée par la pureté minérale du palais du Vatican. Rien de vraiment chaleureux, d’autant plus que le bâtiment prend des allures de bastion imprenable pour Amédéo. La religion, à travers le mysticisme, trouve un écho maintes fois utilisé pour signifier la présence de Dieu dans le monde : la lumière surexposée. La mise en scène de la Foi trouve un écho explicite quand Aïcha nettoie les pieds du prince. Une purification mal venue puisque celui-ci entraînera des brigades fascistes. De plus, la religion se bafoue elle-même par la commercialisation de ces symbôles, comme le montre le disque du Pape Giovanni. La Chrétienté se fourvoie dans un folklore commercial irritant. La musique, quant à elle, se veut empathique tout au long du film, bien que parcimonique. Elle prend des allures de requiem limonaire.
L’austérité du style du film se décline par une seconde voie : la façon de jouer des acteurs. La diction est lente et aucune spontanéité ne transpire de cette histoire pourtant basée sur la passion.

Le prétendu charisme du Saint Père est censé être figuré par l’usage plusieurs fois répété de zooms arrière. A ce titre, L’Audience fait partie de ces films qui rendent le zoom-arrière insupportable car mal exploité la première apparition de Michel Piccoli s’opère par un zoom-arrière. Le mouvement a surtout pour conséquence de théatraliser à l’excès, voire de caricaturer, la séquence. Bref, un choix esthétique redoutablement « anti-artistique ».

Marco Ferreri tente donc de dresser une satire contre tout absolutisme, contre toute « idée fixe ». L’Audience est un film pessimiste au réalisme tragique. Seulement, sa forme et son traitement esthétique laissent à désirer. La monotonie s’empare peu à peu du spectateur qui n’est réveillé que par les quelques soubresauts des personnages. Comme beaucoup de films du cinéastes, L’Audience est un « film-tentative », un essai, une prise de risques. L’adhésion n’est pas forcément au rendez-vous.

Titre original : L'Udienza

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Durée : 112 mn


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