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La Troisième partie du monde

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Parce que son auteur Eric Forestier considère la physique quantique comme une discipline pop, La Troisième partie du monde est un film bien curieux, où les garçons disparaissent dans des trous noirs.

La Troisième partie du monde se déploie à l’instar de la matière qui est son objet. Introduisant le concept de l’entropie – l’état de désordre croissant de l’univers – par un biais scientifique, à travers les explications qu’en donne son protagoniste, chercheur en astrophysique, le métrage est peu à peu contaminé par la substance de son propos.

François rencontre Emma dans un aéroport, mais à peine lui a-t-il fait part de la théorie de l’entropie et déclaré son amour, que le jeune homme disparaît, comme englouti dans un de ces trous noirs qu’il évoquait.

Amorcée par la déflagration mystérieuse de cet amour, l’histoire, faite de vides et de pleins, se développe alors au rythme des images de corps célestes qui se rencontrent et s’éloignent, se frôlent et s’interpénètrent, nébuleuses lentes et magnifiques. Concept et réalité ne font plus qu’un, et laissent les personnages en proie au désarroi, à la refonte du monde et d’eux-mêmes.

Eric Forestier construit le personnage de la femme fatale sur le mode stellaire, et à partir du principe d’incertitude. Sans passé, maladroite, son charme a les contours flous d’une sphère diaphane et innocente. Sur son visage, la tristesse glisse comme sur un duvet, pour se transfomer en lumière. Tandis que, comme frappée de malédiction, tous ses amants subissent le même sort, happés par un trou noir. Il y a du conte, dans ce métrage. Et les marqueurs rationnels seront complétés par autant de passeurs vers un au-delà tangible et fantasmé, medium de l’invisible.

Ancrée dans la réalité, cette mystérieuse réalité que tente de décrypter la science et qui lui échappe, la vérité affleure et se dérobe, l’histoire se laisse aller à l’étrange, au poétique et à l’occulte, se livre et s’abandonne, comme dans un magnifique acte d’amour émaillé de métaphores sexuelles.

Alors, La Troisième partie du monde, film de science fiction au réalisme poétique ? Fiction de science, plutôt, sous la forme d’un parcours initiatique, nimbé de désir, où l’on apprend à garder la porte ouverte sur l’inconnu. L’ambivalence de ce monde est incarnée par la femme, douce et effrayante, qui traverse avec fluidité tout le métrage, et mouille de quelques larmes les derniers plans, comme un paradigme singulier émergeant du jeu brouillé et glissant des images, un nouveau commencement surgi de la fécondation de l’eau et de l’esprit.

Malgré quelques maladresses et longueurs, les scènes un peu trop explicatives et assez inutiles du milieu, qui déséquilibrent et ralentissent le propos avant que l’histoire ne reprenne son souffle jusqu’à l’apogée finale, La Troisième partie du monde est décidément étrange. Il tient en équilibre sur la classique théorie des mondes parallèles, mais se distingue par sa délicate fragilité, quelque chose d’incongru et d’immédiat, une substance enfantine qui convoque toutes les richesses de l’imaginaire et puise dans la légende humaine avec ravissement, suggérant sans jamais le dire, le déluge, Cerbère et l’Hadès, le purgatoire et le paradis du monde des particules. Le film joue sur le hors champ avec une grâce inhabituelle. Tel un elixir magique, son charme opère et nous pénètre d’une grande et inexplicable tendresse.

Titre original : La Troisième partie du monde

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Durée : 100 mn


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