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La Tête haute

Article écrit par

Catherine la grande soeur.

Là où tout le monde s’attendait à assister à une belle journée post-apocalyptique en plein désert, Thierry Frémaux a préféré conduire tout le monde à Dunkerque à la découverte de la délinquance juvénile. Catherine Deneuve a latté Max. Et le choix avait en effet de quoi surprendre tant l’ouverture du festival est généralement confiée à des films au glamour tout cannois, que ce soit pour le meilleur (Minuit à Paris, Woody Allen, 2011) ou pour le pire (Gatsby le magnifique, Baz Luhrmann, 2013). Autant dire, donc, qu’un film social tourné dans le Nord-Pas-de-Calais n’avait pas la faveur des pronostics. Pour convaincre, a priori, les futurs spectateurs, le délégué général du Festival de Cannes n’a pas manqué de louer les mérites de ce film qui serait une « œuvre différente, forte et émouvante » et surtout « pleinement engagée sur les questions sociales » (sans compter qu’il est réalisé par une femme, nouveau critère de jugement d’un film mais ceci est un autre débat). Un vrai film avec des vrais morceaux de problèmes de société dedans. De quoi faire peur à plus d’un titre d’autant que Bercot ne va pas lésiner sur les moyens quitte à parfois se prendre les pieds dans un tapis tissé de clichés pour parler du parcours chaotique d’un adolescent à la dérive.

Malony (Rod Paradot) est né sous une mauvaise étoile. Orphelin de père, mère irresponsable qui l’insulte autant qu’elle le câline (Sara Forestier), il joue plus souvent aux Lego dans le bureau de la juge pour enfants ou en famille d’accueil que dans sa chambre. Le reste de son parcours sera à l’avenant, entre décrochage scolaire, vol de voiture, violence sur personnes, un quotidien à chaque fois entrecoupé par un passage dans le bureau de la juge (Catherine Deneuve). Malony va ainsi grandir, d’élans de motivation en rechutes, de prises de conscience en crises d’agressivité.

 

Malony est une parfaite tête à claques qui passe son temps à traiter les mamans des autres ou à leur dire d’aller se mettre des trucs dans le postérieur. Livré avec les options casquette et capuche, il a tout du cliché sur pattes, l’incontournable « wesh » compris. Mais Malony n’est pas que ça, c’est aussi un adolescent perdu, en souffrance, qui aime mal pour avoir été trop souvent mal aimé. Et si cela aussi pourrait être assimilé à un cliché, Rod Paradot l’en sauve grâce à sa composition nerveuse qui instaure un climat de violence latente dont on ne sait jamais ni quand ni sous quelle forme elle va éclater. Air buté et corps verrouillé, c’est lui qui apporte la seule touche de réalisme à un film trop long et trop convenu pour être l’uppercut souhaité.

Le film a tout du jeu de l’oie. Malony va de case en case, puis tombe dans le puits, et revient à la case départ avant de repartir de case en case en alternant phases de violence et parenthèses optimistes sans jamais que ce rythme binaire ne se brise. Chaque case est l’occasion pour la réalisatrice de nous présenter une structure d’accueil destinée aux mineurs délinquants et ses éducateurs, nouveaux chevaliers des temps modernes. MDE, CEF et d’autres que nous n’avons pas retenus mais qui porte à croire que le Ministère de la Justice a sponsorisé le film. Tous ces sigles un peu barbares, ces lieux à chaque fois différents, auraient pu dire la désorientation de Malony, l’écart intrinsèque qui existe entre lui et ce monde auquel on veut le rattacher mais dont il se sent irrémédiablement étranger. Mais ils disent surtout la redondance d’un scénario à la route toute balisée. Déjà co-scénariste de Polisse (Maïwenn Le Besco, 2011), on attendait de ce film de Bercot la même nervosité un peu bordélique. Elle-même revendiquait pour La Tête haute un aspect documentaire, mais le film est souvent trop prévisible.

 

Si le personnage de Malony est le mieux servi, et que Catherine Deneuve pourrait définitivement tout jouer en étant toujours crédible, certains personnages secondaires sont de simples fonctions qui, une fois leur rôle accompli, sortent de scène pour ne plus y remonter par la suite. C’est néanmoins une chance pour eux de ne pas être transformés en caricatures. Que dire de Sara Forestier, qui parce qu’elle est pauvre et larguée, est affublée d’un dentier pourri et d’herpès labial ? Ou de Benoît Magimel (qui essaie apparemment de ressembler à Sean Penn) en éducateur blessé mais obstiné, borderline mais trop sensible ? A trop vouloir faire vrai, le film sonne parfois faux, même s’il recèle des moments de vérité comme l’écriture d’une carte postale ou d’une lettre de motivation. La Tête haute est un film bancal, un peu naïf jusqu’à sa conclusion quasi mariale, qui nous prouve que Catherine Deneuve, les soins du visage et l’amour nous sauveront tous.

Titre original : La Tête haute

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Durée : 120 mn


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