La Reine soleil

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Genre à la fois inventif, innovant et indéfiniment malléable, l´animation constitue un brillant paradoxe en France. Doté de deux des plus grandes écoles d´animation au monde (les Gobelins et Supinfocom), auréolé par le travail de réalisateurs de renoms (Jean Image, Paul Grimault, René Laloux, Michel Ocelot…) et marqué par de merveilleux films (Le Roi et […]

Genre à la fois inventif, innovant et indéfiniment malléable, l´animation constitue un brillant paradoxe en France.

Doté de deux des plus grandes écoles d´animation au monde (les Gobelins et Supinfocom), auréolé par le travail de réalisateurs de renoms (Jean Image, Paul Grimault, René Laloux, Michel Ocelot…) et marqué par de merveilleux films (Le Roi et l´oiseau, La Planète sauvage, Kirikou et la Sorcière, Les Triplettes de Belleville, Renaissance), le dessin animé français souffre, aussi surprenant soit-il, d´un manque réel de moyens financiers et humains. Malgré le succès mérité de Kirikou et la Sorcière en 1998, il est aujourd´hui compliqué de financer un film d´animation dans l´hexagone.

Si, depuis cette date, l´offre s´est considérablement élargie, avec comme point d´orgue l´année 2006 et les films comme Azur et Asmar et Arthur et les Minimoys, cette conjoncture favorable ne doit pas cacher la réalité d´une situation encore fragile. Il est donc impératif au cinéma français d´offrir de la pluralité (entendons par là proposer autre chose que les clones anabolisés en 3D qui nous viennent des Etats-Unis) en se donnant plus de liberté dans la créativité de nos projets.

La Reine Soleil n´échappe pas à cette mise en garde et le producteur délégué Léon Zuratas, comme l´assistant réalisateur Frédéric Trouillot, ont déploré les réelles difficultés rencontrées au cours de la fabrication du film. Le montage financier, la délocalisation d´une partie de la production en Hongrie, l´inadéquation des techniques de travail et le manque de sérénité sont des facteurs qui nuisent incontestablement au résultat final d´un projet ambitieux et dans l´ensemble réussi. Mais justement, qu´en est-il du dernier long métrage de Philippe Leclerc ?

Quatre ans après son film d´héroic fantasy, Les Enfants de la pluie (2003), nous retrouvons avec plaisir le style Leclerc. L´histoire, simple et profonde, s´articule autour des aventures mouvementées de la jeune princesse Akhesa (fille du pharaon Akhenaton) et du prince Thout (futur Toutankhamon). Plongés au coeur d´une Egypte aveuglée par le monothéisme d´un pharaon perdu dans un << rêve mystique >>, menacée par les velléités guerrières des Hittites et trahie par l´avidité démoniaque des prêtres d´Amon Ré, nos deux héros en herbe devront faire preuve de courage et de sacrifice.

Adapté du roman éponyme de Christian Jacques, La Reine Soleil illustre assez bien l´intérêt de recréer en celluloïd l´univers envoûtant de la civilisation égyptienne. Le style épuré en << aplat >> des personnages, la simplicité des formes évitant le piège d´un baroque indigeste, la charte graphique épousant magistralement un environnement fait de << pierres et de sable >> et la représentation symbolique d´une civilisation qui fascine autant qu´elle intrigue, nous immergent littéralement dans un univers à la fois réaliste et fantasmé. Traversé par des moments contemplatifs d´une beauté indéniable (la scène de la chambre funéraire est graphiquement somptueuse), La Reine Soleil esquisse, au-delà d´une trame qui devient linéaire sur les enjeux qu´elle soulève, une plongée dans la mythologie d´un monde polythéiste. Les postures des différents personnages sont à la fois très marquées symboliquement et suffisamment schématiques pour plaire au plus grand nombre. De plus, la description des luttes de pouvoir dans une époque en guerre dominée par le divin, confère au film une épaisseur scénaristique des plus intéressantes. Voulant s´affranchir de la simple histoire pour enfants, Philippe Leclerc nous livre un film fort, sincère, parfois terrifiant et terriblement attachant.

Pourtant, certains points semblent avoir été négligés. Est-ce la faute à des moyens insuffisants, aux conditions de travail en Hongrie, ou bien des lacunes purement formelles ? Si le travail sur les décors et l´interaction entres les personnages demeure la principale qualité de ce dessin animé, il n´en va pas de même pour le traitement de l´animation. La fluidité très moyenne n´arrive pas à soutenir les ambitions graphiques du réalisateur. Le film, sans être désagréable, manque de fougue, de vitesse, de rythme et d´aisance visuelle. L´exposition générale s´en ressent et le film apparaît plus figé qu´il ne l´est vraiment. Nous sommes encore très loin des standards actuels et il est regrettable que des carences techniques freinent les velléités d´un cinéaste au service de son art.

Espérons que l´animation française puisse combler rapidement ce paradoxe, et nous pourrons enfin rivaliser avec des productions parfois plus ambitieuses.

Titre original : La Reine soleil

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Durée : 78 mn


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