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La Promesse d’une vie

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Pour son passage derrière la caméra, Russel Crowe s´empêtre dans un mélo pompier

« This is my shit », répond Russel Crowe quand on le questionne sur son tout nouveau métier de réalisateur. Lui qui pensait déjà exercer le métier le plus cool du monde en tant qu’acteur s’est donc découvert une nouvelle passion. Frustré, ou blasé, de voir certains cinéastes reprendre à leur compte ses propres idées de mise en scène (attention scoop : Crowe serait en réalité l’éminence grise de Ridley Scott…toujours selon ses dires), il prend à présent les choses en main jusqu’à assumer à la fois la réalisation et le rôle principal.

Et pour une première fois, avec autant de responsabilités sur les épaules, l’apprenti cinéaste n’a pas fait le choix de la facilité. Là où certains opteraient pour une histoire plutôt personnelle, à échelle humaine, il choisit de foncer tête baissée dans une épopée historico-romantico-romanesque. Carrément. Non content de viser si haut, il s’attaque qui plus est à un pan méconnu de la Première Guerre Mondiale pour qui n’est ni Australien, ni Néo-Zélandais, ni Turc. Maxi sujet, mini cible. Mais Crowe ne voulait pas juste faire un film pour le public, son ambition, car c’est bien de cela qu’il s’agit était d’ériger un mémorial de celluloïd, excusez du peu. C’est donc armé des meilleurs intentions du monde, à savoir la réhabilitation du point de vue des vaincus, qu’il descend dans l’arène.

Ça démarre mal, on a du mal à distinguer les acteurs du conflit et les vainqueurs des vaincus puisque le film se décharge de tout rappel / contexte historique ; tout nous est balancé sans aucune explication comme si aucune trace de vie humaine n’avait été repérée en dehors du Commonwealth (et partant, des gens qui ne sauraient rien de son histoire). Tout commence en 1919, soit quatre ans après la bataille des Dardanelles. *Jingle Histoire* La bataille des Dardanelles (ou campagne de Gallipoli), qui a vu les armées ottomanes affronter les troupes britannique et françaises, s’est déroulée du 25 avril 1915 au 9 janvier 2016. Gros revers pour les Alliés, elle est aussi connue pour être l’élément fondateur de l’identité australienne et néo-zélandaise. *Jingle de fin*. Joshua Connor, paisible rancher qui ne demande qu’à creuser des puits (il est aussi sourcier comme l’indique le titre original : The water diviner), se retrouve dans un bateau pour la Turquie : avant de mourir, sa femme lui avait demandé de ramener les corps de leurs trois fils tombés à Gallipoli, et les demandes des mourants ont cela d’énervant qu’ils résonnent comme des ordres aux oreilles des vivants. Voilà donc Joshua à Istanbul, logé dans une pension tenue par Ayshe, qui est très jolie, son fils, qui est très mignon dont le papa est, quelle aubaine, porté disparu. Au cours de ses pérégrinations, il va découvrir un pays méconnu aux couleurs chatoyantes, peuplés d’habitants fiers mais généreux comme pourrait l’énoncer un guide routier.

La Turquie c’est beau (et jaune apparemment) mais c’est loin. Joshua ne serait pas plus perdu en débarquant sur la lune. La seule chose exotique qui lui était devenue familière en Australie, était son recueil des Mille et une nuits qu’il avait l’habitude de lire le soir à ses garçons, comme un signe, un symbole fort de la tragédie et du périple à venir. Raté Joshua (raté Russel), les Mille et une nuits est écrit en arabe et la Turquie n’est pas un pays arabe (et est-il même oriental ?) ; le symbole fait plouf. Et si le conte préféré des Connor est celui où l’on retrouve un tapis volant, le cinéaste lui s’en est vraisemblablement servi pour réaliser son premier film tant il ne fait que survoler les (trop) nombreux sujets abordés dans le scénario. Les velléités indépendantistes d’une Turquie occupée par les Anglais mais aussi attaquée par des Grecs mais aussi on ne sait plus quoi au juste, la condition de la femme ottomane (qui est libre mais pas trop), l’illumination soudaine d’un survivant (prétextes à des flash-backs plutôt moches), le pire restant à n’en pas douter l’histoire d’amour qui rend diabétique au premier regard. Durant les deux heures que dure le film, aucun cliché scénaristique ou psychologique ne nous sera épargné, de l’amour plus fort que la mort à la guerre, cette connerie, puisqu’on est tous humains après tout.

A la lecture du synopsis, la promesse était celle d’une odyssée, du souffle épique échevelant les protagonistes lancés dans une quête périlleuse qui bouleversera leur vie. Il y a bien des tentatives qui lorgnent du côté du western ou du film d’aventure, mais à l’arrivée le film a plus l’allure d’un brouhaha qui nous fait parfois nous demander s’il est réellement terminé ou si quelques images traînent encore quelque part, sur une timeline (depuis quand, quand on peut trouver de l’eau on peut aussi trouver des os ?). La promesse d’une vie, qui débute comme Les sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957) et se termine comme Premiers Baisers, n’a de promesse que le nom.

Titre original : The Water Diviner

Réalisateur :

Acteurs : , ,

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Genre :

Durée : 111 mn


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