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La Planète des Singes : les origines

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Une relecture audacieuse et réaliste de l´oeuvre culte, emblème des 70’s. Trop réaliste peut-être?

Finis les remakes, sequels et autres prequels, place désormais au reboot ! Ce terme informatique – qui désigne d’abord le fait de redémarrer entièrement son ordinateur – est la nouvelle tendance lourde à Hollywood. Eh oui, les studios ne se contentent plus de moderniser un film passé pour le faire coller à de nouveaux codes esthétiques, ni même de fournir des suites à gogo parfois totalement incohérentes (Indiana Jones 4 et Terminator 3) et encore moins de revenir sur le pourquoi et comment d’un mythe ; ils reprennent une saga entière à zéro. L’occasion pour Hollywood de se tourner vers son histoire, sa mythologie afin d’en livrer une version revue et corrigée par une génération de créateurs enrichie par ses représentations propres (l’exemple frappant et réussi d’un Star Trek).
 
Avec La Planète des Singes: les origines, l’un des blockbusters les plus attendus de l’année, la Fox n’a pas choisi la facilité : elle revisite certes un classique, mais surtout l’une des franchises hollywoodiennes les plus difficiles. Car plus de quarante ans après l’original de Schaffner, les singes continuent de fasciner la planète cinéma : trois suites de 1968 à 1973, une série TV aux allures de Starsky et Hutch simisesques (diffusée à l’époque sur M6 pendant l’été, pour les nostalgiques) et de nombreux projets de ré-adaptation jusqu’au plantage de Tim Burton en 2001. Autant dire que Rupert Wyatt, aux commandes de ce nouvel opus, a du pain sur la planche.

Le film raconte comment Will (James Franco), à l’aide d’expérience sur des singes, veut créer un traitement pour vaincre la maladie d’Alzheimer dont est atteint notamment son père (John Lithgow). Il découvre alors non seulement que le traitement fonctionne mais également qu’il augmente de façon radicale l’activité cérébrale du sujet. Will va alors s’apercevoir que le bébé chimpanzé d’un des singes va développer une intelligence remarquable. Mais se sentant trahi par l’espèce humaine il va alors mener une lutte contre cette dernière.

« Ils l’ont fait ! Bande de fous ! Soyez maudits jusqu’à la fin des siècles ! »

Ce cri de désespoir qui clôt le film de Schaffner pourrait être repris à l’unisson par de nombreux fans puristes malheureux de voir leur saga profanée. Là où cette dernière était en fait une accumulation de paradoxes temporels à filer le tournis à La Jetée de Marker – des astronautes arrivent en 3798 sur une planète dominée par des singes intelligents qui est en fait la Terre, une équipe vient les sauver quelques années plus tard mais fait sauter la planète ; de cette explosion s’échappent deux singes qui arrivent dans les années 70 et mettent au monde un enfant qui sera en 1990 le chef des rebelles primates et prendra le pouvoir sur Terre, ouf! – la version de 2011 paraît beaucoup plus simple : une « banale » mutation génétique. Il est vrai qu’aujourd’hui, la peur du nucléaire n’est plus très en vogue au cinéma et a cédé la place aux dérapages de la science et leurs enjeux financiers. Rupert Wyatt n’échappe donc pas à la bonne morale made in USA : le pauvre Will Rodman doit faire ces expériences sur les singes pour sauver son papa malade et ce, même si « c’est mal » et que « certaines choses ne doivent pas être changées » comme le dit sa charmante fiancée mais aussi toutes les Cassandre des films fantastiques. Evidemment, lui n’y est pour rien, c’est le méchant financier Jacobs qui, cherchant le bénéfice maximal, pousse encore plus loin les expériences. On se surprend même à penser au cours du film que les singes ne sont que les victimes du système économique humain qui les dépasse mais dont ils sont les premières cibles. De nouveaux indignés en somme. Très contemporain comme réflexion…
 

Mais mettre l’accent sur la naïveté d’une partie de l’intrigue ne serait pas rendre hommage au courageux Rupert Wyatt et son travail plus qu’efficace. La Planète des singes: les origines adopte une structure narrative extrêmement classique mais qui s’avère surprenante tant elle prend le contre-pied de la production actuelle, adepte des récits aux innombrables hausses et baisses de régimes qui anéantissent la notion même de climax, pourtant essentielle au cinéma de divertissement populaire. On prend donc son temps pour rendre l’intrigue crédible et les relations entre chaque individu (homme ou singe) logiques. Et même si ces Origines ne croulent pas sous les effets visibles et tape à l’oeil, il est difficile de dire que l’on voit le temps passer tant les scènes s’enchaînent au fil d’un montage fluide, bien pensé, avec une intrigue qui se suffit à elle-même pour nous captiver. Les thèmes abordés par le film vont bien au-delà d’une simple révolte qui entraînerait un basculement dominant-dominé. Le portrait en creux que dresse Wyatt de l’humanité est beaucoup plus intéressant. La race humaine apparaît ici comme un troupeau avançant pas à pas vers son extinction, partagée entre vieillards dégénérescents (bouleversant John Lightgow), tortionnaires rustres, et philistins avides de profits. Dès lors, il est évident que l’acte de création entrepris par le seul personnage positif (James Franco) aura pour conséquence la chute d’une race indigne et inconsciente. Ainsi la relation fusionnelle qu’il entretient avec César ne sera-t-elle pas brisée par son combat, tant l’on devine qu’il accepte sa destinée et ses conséquences tragiques.
 

Weta vs. Jim Henson

La clé du film reste évidemment les effets spéciaux dirigés par Weta Digital, c’est même la grosse révolution annoncée par ces Origines. La saga utilisant jusque-là des costumes pour les singes, la nouveauté de ce film se trouve dans la performance capture, cette technologie ayant pour mission de rendre les singes crédibles et réalistes, là ou les costumes paraissaient obsolètes. Mission accomplie grâce à la qualité des effets photo-réalistes et la prestation d’Andy Serkis, un habitué du genre depuis Gollum dans Le Seigneur des Anneaux et King Kong, et cette fois-ci en César. De son enfance d’animal prodige, à la lente mais inexorable prise de conscience de cet animal se muant petit à petit en individu, jusqu’à sa révolte contre les hommes, le personnage existe bel et bien. Mieux encore, il nous émeut, par sa justesse, la finesse de ses réactions et fascine par sa violence soudaine. Cette simianité contraste avec le portrait que brosse Wyatt de l’humanité : un troupeau avançant vers la fin entre vieillards dégénérescents, tortionnaires sadiques et hommes d’affaires diaboliques. Seul le personnage de James Franco brouille ces archétypes, et encore : même si son acte de création forcée part d’un bon sentiment, il aboutira néanmoins par son inconscience à l’extinction d’une race.
 

S’appuyant sur la qualité de ses effets spéciaux, Wyatt adopte un style résolument réaliste et semble même refuser l’aspect iconique du projet. Comme paralysé par sa volonté de raconter une histoire crédible et vraisemblable, le réal semble refuser le côté mythologique du film. Dommage car de nombreuses idées et images fortes sont reléguées au plan d’anecdotes, comme ce plan des singes grimpant sur le toit du zoo, ou en arrachant les grilles pour se fabriquer des lances, revisitant dans un clin d’œil furtif Parties des Animaux d’Aristote. Efficacité contre envie de briller, le choix est vite fait pour un Rupert Wyatt qui n’a certes pas encore de style ni même de patte définissable mais propose un divertissement estival à l’ancienne, agréable sans être inoubliable. Un concurrent largement à la hauteur des chouchous des critiques (Super 8…).

Titre original : Rise of the Planet of the Apes

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Durée : 120 mn


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