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La Nuit nous appartient

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Plus qu’un film de gangsters, une tragédie pétrie d’humanité.

New York, fin des années 80. Avec l’explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit. Bobby, patron d’une boite de nuit appartenant aux Russes, doit cacher ses liens avec sa famille dont le frère et le père sont des membres éminents de la police new-yorkaise.

James Gray persiste et signe. Après Little Odessa et The Yards, deux drames criminels exemplaires de sobriété, le jeune réalisateur new-yorkais s’attaque une nouvelle fois à un drame familial tendu, nerveux, aux allures de film noir.

L’intrigue de La nuit nous appartient a deux versants : l’analyse du monde de la nuit à une époque ravagée par la drogue, et la complexité d’un noyau familial dont les membres se déchirent pour faire respecter la loi. Occasion pour Gray d’alterner séquences intimistes et émouvantes et scènes d’action se rapprochant du réalisme des films policiers des années 70 et 80. Rien d’étonnant quand on sait que le réalisateur s’est inspiré des œuvres de Friedkin, de Coppola ou bien encore de Scorsese, metteurs en scène phares de ces décennies.

Développant un rapport étroit avec ses comédiens, Gray est avant tout un admirable directeur d’acteurs, capable d’extraire le meilleur du torturé Joaquin Phoenix ou de la retenue d’un Mark Wahlberg. Il est d’ailleurs évident que la réussite du film tient essentiellement à ces deux rôles de frères ennemis se réunissant pour la bonne cause, chacun irradiant l’image d’une émotion à fleur de peau.

Mais cette sensibilité serait gênante si elle n’était contrebalancée par l’ambiance d’une époque gangrenée par la drogue. Des avenues désertes d’un Brooklyn survolté aux boites de nuit gigantesques, James Gray s’est attaché à une reconstitution minutieuse de l’univers visuel du New York de la fin des années 80, les prises de vue ayant été tournées dans les quartiers les plus dégradés de la ville. L’atmosphère et la texture de ce vieux New York sont palpables et permettent à Gray d’ancrer plus facilement ses éléments dramatiques. Un peu comme De Palma avec Les Incorruptibles dont la reconstitution parfaite des années 30 donnait au film toute son ampleur.

Il est d’ailleurs intéressant de faire un parallèle entre la capacité du jeune Gray à investir une période en la légiférant d’un bouleversant drame humain, réussite dûe à un équilibre ténu entre une caméra à la fois rentre dedans pour les scènes d’action et pudique pour les moments d’intimité, et l’inaptitude du briscard Ridley Scott à poser sa patte dans la boursouflure qu’est American gangster. Pourtant les deux réalisateurs traitent d’un même New York touché par la drogue, à dix années de différence. Mais Ridley Scott ne s’occupe que de donner Sa vision du film de gangster, tandis que James Gray s’échine à plonger dans le film noir pour en faire ressortir toute son humanité.

On pense alors à des films comme Scarface d’Howard Hawks (1932) ou L’enfer est à lui de Raoul Walsh (1949) mâtinés de Cassavetes voire de Bergman, immenses tragédiens devant l’Eternel. Corrélation logique quand Shakespeare a été lui aussi une des sources d’inspiration du réalisateur. Il y a pire comme références… A n’en pas douter, James Gray est un futur grand du cinéma.

Titre original : We Own the Night

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Durée : 116 mn


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