La Fête des voisins

Article écrit par

Le long métrage La Fête des voisins est directement lié à l’événement du même nom, créé il y a une décennie dans un esprit de solidarité et de bonne humeur. Mais rien de festif dans cette comédie qui a lamentablement raté le coche.

La Fête des voisins a vu le jour en l’an 2000, sous la houlette d’Atanase Périfan (élu UMP). Neuf ans plus tard, David Haddad a acquis les droits du concept festif et en a fait un long métrage, à l’occasion de l’anniversaire de l’événement. Le scénario est simple : Pierrot, gardien d’immeuble, prépare un petit buffet en vu de la fête des voisins, dans la cour de l’immeuble. Arrivent le maire, puis les habitants du bâtiment. Ce jour-là, tous découvriront la poussière cachée sous le tapis des uns des autres.

Le film est l’image de cette banderole décorative qui s’écroule ainsi que de la table, posée au milieu de la cour et sur laquelle ne traînent que quelques pauvres victuailles. Pitoyable. C’est vrai, le budget du film est minime. (Il s’élève à deux millions d’euros.) Le casting ne comporte pas d’étoiles mais de parfaits inconnus et résulte d’un choix précis du réalisateur. Ce dernier s’est montré désireux de filmer « Monsieur et Madame Tout le Monde », autrement dit, d’apporter un côté populaire à son métrage. Cela aurait pu fonctionner quelque peu mais le jeu des acteurs est emmené (et noyé) par un réalisateur qui, bien qu’habitué des planches, cabotine à mort. Dans son film, David Haddad interprète un gardien, brave type qui suinte de bons sentiments, incapable d’effrayer une mouche même lorsqu’il entre dans la peau d’un voleur. Ses comparses à l’écran en font également trop ou alors pas assez, tel que le personnage de Jean-Baptiste, l’aveugle (alias Bastien) dont la voix est terriblement monocorde.

Et l’histoire dans tout ça ? Celle-ci se disperse entre la dépressive suicidaire, le maire au style ronflant puis le facho (peut-être le voisin le moins insignifiant) et son méchant clébard. Dans la famille des personnages aussi intéressants que des prospectus publicitaires : le rabbin et ses parties de poker, l’aveugle squatteur d’immeuble puis le gigolo sorti de nulle part. Il ne reste plus grand-monde et le film prend davantage les allures d’une étendue désertique que d’une comédie. Le scénario s’avère brouillon et flasque, ponctué de pseudos rebondissements tandis que la mise en scène est complètement ramollie. Rien n’est stylisé hormis le générique du début qui fait penser à On connaît la chanson, avec ses copier-coller de personnages. Le long métrage est bien loin d’honorer la comédie sociale dont il se réclame. Certes, La Fête des voisins évoque la solitude des personnes âgées et des plus jeunes mais au-delà, c’est le néant. L’humour est gentillet mais le plus souvent absent. Très fâcheux pour une comédie ! Conséquence : le film s’essaye à quelques ressorts dramatiques. Mais ça ne lui réussit guère non plus car il finit par s’échouer dans une mare de pathos glaireux.

L’événement La Fête des voisins fera de la pub pour le film mais ce dernier ne lui rend pas du tout hommage, loin de là. Seule personne qui sera ravie, à coup sûr : l’élu du 17ème arrondissement de Paris, Atanase Périfan. Inventeur du concept (et on lui dit merci), il fait une apparition dans le film. Un clin d’oeil mais pour les 10 ans de cette festivité, capable de rassembler des millions de participants dans le monde, c’est bien peu et surtout navrant.

Titre original : La Fête des voisins

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..