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Je suis de Titov Veles

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Ce film a représenté la Macédoine aux Oscars 2009. Mais est-ce si important ?

En tout cas, c’est sans doute un signe que cette « nomination » comme on dit maintenant, est la preuve qu’on lui a trouvé des qualités certaines. Et des qualités, il n’en manque certes pas. Production familiale au sein d’une structure élargie à l’Europe, quand on connaît les difficultés rencontrées pour mettre en place le moindre projet, on ne peut que s’extasier. S’extasier aussi sur les belles – trop belles? – images de ce film, car la réalisatrice de Skopje avoue avoir voulu montrer la laideur du monde dans un espace bellement filmé. Entre certains plans d’Almodovar et de brèves allusions à Kusturica (notamment pour la cabane délabrée sur la colline, à moins que ce ne soit Chaplin), on sent que Teona Mitevska, dont la propre sœur, Labina, interprète un des rôles principaux, possède une certaine culture cinématographique, mais n’en abuse pas. On peut dire que son film est très personnel, profond, même si peut lui être reprochée, justement en raison de sa beauté formelle, une forme de maniérisme : des pommes rouges sur les escaliers, l’usine de plomb filmée comme un ovni surréel, les rêves entre de Chirico et Dali, etc.

Inspiré des Trois sœurs de Tchékhov, ce film bijou narre justement la vie de trois sœurs dans une petite ville de Macédoine, appelée autrefois Titov Veles en l’honneur de Tito, ce camarade longtemps adulé, maintenant relégué entre nostalgie et abjection. Les anciennes régions qui formaient alors la Yougoslavie, désormais détruite en raison de cette longue et cruelle guerre qu’on n’a pas encore oubliée, dédiaient alors toutes une ville à leur chef et en retour, Tito y faisait construire une usine, qui représentait leur fierté. Maintenant, cette usine qui crache son fiel sur la petite ville aux sept collines est prise par Teona Mitevska, auteur aussi du scénario, comme métaphore de la mort lente, de l’abandon, de l’horreur d’une ville qu’on ne peut que vouloir fuir par la dope (la Méthadone pour sa sœur aînée), ou l’exil pour la puinée (Sapho, c’est normal, rêve de la Grèce). Ces trois sœurs veulent fuir le cancer qui ronge les habitants,  alors que les sœurs inventées par Tchékhov rêvaient de gagner Moscou. À chaque époque ses rêves. Sapho, Slavica et Afrodita, qui ne parle pas sauf à la fin du film, mais n’est-ce pas encore en rêve ?, représentent chacune un rêve brisé, mais à chaque fois il y a, derrière cette souffrance, un abandon ou une trahison.

Nous n’en dirons pas plus, mais les trois sœurs présentées ici dans chaque plan sont superbement mises en scène, et la photo est d’une grande qualité, ainsi que les inventions scénographiques. La seule chose susceptible de choquer : la voix-off d’Afrodita, qui pourrait laisser entendre qu’elle est capable de parler. Mais arrivera-t-elle à la fin du film à hurler sur la montagne, comme une appartenance, comme une revendication : « Je suis de Titov Veles », cette phrase sésame qui donne son titre au film ?

Titre original : I am From Titov Veles

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Durée : 102 mn


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