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Je fais le mort

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A Megève, un comédien prend la place d´un mort. La reconstitution d´un crime où le rire est loin d´être enterré. Enquête.

Dans le rôle du comédien, François Damiens. L’acteur belge a 40 ans dans la vie, et dans le film. Le cheveu presque manquant, blond, le regard vif, il occupe l’espace et s’agite nerveusement comme un Delon jeune et virevoltant. Habitué des comédies, l’acteur est acteur dans la fiction. Le film d’un meurtre est tourné à nouveau, comme une mise en abyme, le rôle d’un rôle, un film dans le film. Comédien raté, lâché par son agent artistique, il est envoyé par sa conseillère Pôle emploi spectacle pour y jouer le rôle du mort. Sauf qu’à la différence d’un mort, il parle, parle, parle et relance une enquête sur le point d’être bouclée. Aussi drôle que dans Tip Top de Serge Bozon, sorti en septembre, François Damiens illumine par ses répliques, sa répartie et surtout, son goût pour le détail.

Face à lui, le réalisateur Jean-Paul Salomé – Arsène Lupin (2004), Les Femmes de l’ombre (2008), Le Caméléon (2010) – a choisi une actrice de caractère, elle aussi réalisatrice. Géraldine Nakache joue le rôle d’une jeune juge, tenace et impitoyable. Elle dort le chauffage allumé, mais la fenêtre grande ouverte, elle est toujours impeccablement bien habillée, maquillée, coiffée, et sa passion, ce sont les mots croisés. Brillante, tout l’oppose à Jean Renault (François Damiens), pour un duo à la "Titi et Grosminet", selon les mots du réalisateur.

 


© Diaphana Distribution  

Le scénario est original : mettre en lumière, tout en réalisant une comédie, la mort et l’élucidation d’affaires avec une juge et toute son équipe, des flics et des assistants. Même si le film met du temps à démarrer – une longue séquence de train, une lente installation et attachement pour les personnages – une fois la locomotive lancée, tout se déroule avec humour et finesse. Les blagues fusent sans pour autant perdre de l’intrigue, les nuits à l’hôtel, tenu par l’excellente Anne le Ny, s’accumulent, les soupçons sur le véritable coupable du crime s’accentuent. C’est une balade morbide mais drôle dans un Megève hors saison, ce sont des sentiments frisés par l’hiver et la fatigue, ce sont des policiers et un comédien en plein conflit d’idées.

Du côté de la réalisation, Jean-Paul Salomé a su exploiter le cadre de sa comédie au maximum. Que se soit à la patinoire, en haut d’une montagne totalement enneigée, dans un chalet, dans une discothèque, la plupart des séquences s’apparentent à celles d’un bon polar. Influencé par David Lynch, tout en mêlant un humour potache – tarte à la crème –, le réalisateur parvient à donner du sens, à faire progresser son intrigue tout en s’amusant. Pari réussi.

Comique de situation et écriture dynamique, répliques drôles taillées sur mesure pour François Damiens, en duo avec Géraldine Nakache très convaincante en femme droite et juste, cette comédie policière a le mérite d’éveiller nos rires enfouis sous cette neige de Megève. Mieux qu’un vin chaud.

Titre original : Je fais le mort

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Durée : 105 mn


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