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Imogène Mc Carthery

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Esthétique (costumes, décors) irréprochable, premier degré assumé… Alors ? Alors il manque juste un brin de délire à cette comédie « écossaise » d’un autre siècle (le XXe). Quel dommage de brider des comédiens aussi savoureux que Catherine Frot ou Michel Aumont !

Est-ce sa gouaille désuète, sa candeur farfelue, son allure intemporelle ? Catherine Frot incarne mieux que quiconque, aujourd’hui dans le cinéma français, l’inénarrable détective en jupons qui se doit de bousculer toute comédie policière (d’inspiration britannique) digne de ce nom ! On n’est donc pas surpris de la retrouver, après son diptyque "agathachristien" fort réussi chez Pascal Thomas, en tête d’affiche d’Imogène Mc Carthery. On est même plutôt content.

Ce premier long métrage signé Alexandre Charlot et Franck Magnier – ex auteurs des Guignols de Canal +, ex scénaristes de Bienvenue chez les Ch’tis – est en effet l’adaptation d’un des romans que Charles Exbrayat a consacré à cette pétulante héroïne. Chantre obstinée de la cornemuse, du rugby et du whisky, cela va sans dire… De fait, le personnage de cette rousse écossaise – cliché joueur et pléonastique – semble avoir été écrit pour notre Catherine nationale, tant il lui permet d’affirmer son jeu burlesque, façon BD. En somme de pousser plus avant le trait souvent graphique, et tout à fait original, de ses compositions.

Ligne un peu trop claire

Essentiellement revêche au départ, puis s’improvisant agent secret dans les Highlands, fusil à pompe bien en mains et amour de jeunesse à ses pieds, la voilà, en effet, qui ravive gentiment les couleurs et les tribulations de cet Imogène obsolète. Hé quoi ! Tout le monde n’a pas eu la chance de passer ses vacances d’ado à fouiller la bibliothèque de sa grand-mère… Sans jeans, sans portable, sans bolide high-tech et sans grossièreté (sans blague !), l’esprit du Loch, certes facétieux, peut donc sembler au minimum… exotique aux spectateurs d’aujourd’hui. Le talent de Catherine Frot – qui de toute façon n’est pas une comédienne réaliste – est de parvenir, malgré tout, à la rendre familière. Sans doute parce qu’Imogène n’est jamais que l’un des nombreux avatars de son personnage fétiche : à savoir la naïve qui fait rire malgré elle. Celle, en somme, qui restitue à chacun sa part d’enfance, quelle que soit l’époque. En outre, le soin apporté aux décors – reconstitution presque hitchcockienne du Londres de 1962 – amplifie ce sentiment flatteur et bienvenue de "ligne claire" (aussi bien d’un point de vue esthétique que narratif).

Jusque-là, tout va bien. Le hic, c’est qu’en dépit de leurs bonnes intentions et de leur casting idéal – Lambert Wilson en faux Cary Grant, Michel Aumont en grand manitou des services secrets de sa Majesté – les deux réalisateurs n’osent pas aller jusqu’au bout de leur affaire. Bridant leurs scènes – celle d’ivresse dans le train, notamment, un comble ! – sinon les élans de leurs comédiens, jamais ils ne parviennent à tutoyer la "cool frenzy" qui est d’usage dans ce genre de comédie "so british". Qui est même impérative…. Sans arrêt l’on attend que ça décolle, bifurque ou s’égare dans l’absurde ; toujours l’on reste dans le joli, le gentil, et la retenue. Du coup, on s’ennuie un peu, vaguement, quand bien même cet univers pré-pop, très premier degré, dispose d’atouts. De fait, il faudra attendre la fin du film, et sa scène chantée et dansée, donc enfin allègre et enfin culottée, pour que l’on ait le sentiment – mais un peu tard – que cette Imogène-là a trouvé sa voix (ie).

Serait-ce qu’une suite, plus accomplie, se profile ? Catherine Frot le mérite, et l’Ecosse, nation amie de la France dans sa lutte contre ces satanés Anglais, aussi ! Hi, hi…

Titre original : Imogène McCarthery

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Durée : 82 mn


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