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Hôtel Woodstock (Taking Woodstock)

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Quand Woodstock nous est conté à travers ses coulisses, l´ambiance boueuse du concert et les contradictions explosives de l´époque nous électrisent. Peace and love, Mister Ang Lee !

Une envie de se passer les Doors en boucle dans son salon, la douce nostalgie d’un événement historique, un désir de festival en plein air dans la plus calme liberté, tel est l’effet délicieusement euphorisant d’Hôtel Woodstock sur oreilles d’utopiste et âme de mélomane. Là se trouve la grande force du dernier film d’Ang Lee (Le secret de Brockeback Mountain, Tigre et Dragon) : apporter un nouvel écho au concert mythique. Le défi était de taille, tant l’imaginaire collectif fut bercé et comblé par le documentaire culte de 3 heures Woodstock (1970) de Michael Wadleigh. La chance du réalisateur taiwanais, et du talentueux scénariste James Schamus, fut de trouver un angle original grâce au livre autobiographique d’Elliot Tiber Taking Woodstock : A True Story of A Riot, A Concert, and A Life : je n’étais pas au concert donc j’y étais, ou comment esquisser des coulisses l’événement qui allait changer la vie de toute une génération.

L’histoire du film est celle d’Elliot Teichberg (Demetri Martin), jeune homme un peu fauché qui, le temps de l’été 1969, s’en va revivre chez ses parents dans une petite bourgade très tranquille du nord de l’Etat de New York. En fils prodigue, il essaye vaillamment de naviguer entre sa mère abusive et son père désabusé, les empêchant d’incendier leur hôtel miteux menacé de saisie, taisant son « coming out » gay. Mais alors que la famille frôle la banqueroute, Elliot saisit une opportunité inespérée : rapatrier dans son village de White Lake un festival de musique hippie qu’une bourgade voisine refuse d’accueillir. Du jour où l’hélico des producteurs se pose dans son jardin, une machine de professionnels se met en branle qui, du squattage rémunérateur du motel à celui d’un champ voisin verdoyant, du rapatriement d’artistes hors pair au réglage des larsens sous la pluie, verra déferler 500 000 personnes en quête de musique et de paix…

Témoin un peu gauche et franchement dépassé par l’ampleur de la préparation du festival, Elliot est un observateur à la fois amusant et attendrissant. Parce que les conflits sourds qui l’opposent à ses parents sont symptomatiques des contradictions de son temps, parce que sa pseudo nonchalance de décorateur new-yorkais dénote avec l’aura zen des organisateurs.

Comédie aux situations et dialogues cocasses, Hôtel Woodstock est aussi un film sur le changement et son apprentissage ; or le tournant de la fin des sixties, époque où coexistait l’inédite équation de la déchirure d’une guerre et d’une foi inébranlable en la solidarité, en est bien l’ultime reflet. Loin d’une caricature, Woodstock est arrivé parce qu’il y avait, pour tous, un besoin : les hippies n’étaient que les premiers à se rendre au concert et furent rapidement suivis par une grande majorité d’étudiants plus classiques, sans joints au bec ni cheveux longs.

Par ailleurs, si le destin d’Elliot et de ses contemporains nous touche, nous sommes aussi emportés par la magie distillée par Ang Lee. La secousse baba cool qui saisit la famille Teichberg ainsi que tout White Lake provoque un surréalisme gorgé d’humour, le charisme de Michael Lang – le fondateur du projet Woodstock – hante les esprits, l’ambiance boueuse du champ où campe une jeunesse calme et souriante électrise, la très belle image de la vague humaine formée par les milliers d’auditeurs hypnotise, tout autant que cette minuscule scène que l’on devine là-bas, loin, à l’horizon, et que l’on n’approchera jamais.

Hôtel Woodstock a (évidemment) une excellente bande-son, des comédiens savoureux, une histoire touchante et grandiose. Mais plus encore, le film réussit son pari : diffuser, encore 40 ans après, la précieuse essence du concert mythique, 3 jours de paix et de musique…

Titre original : Taking Woodstock

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Durée : 120 mn


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