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Garçon chiffon

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Une entrée dans la cour des grands pour Nicolas Maury, à la fois scénariste, réalisateur et tête d’affiche de ce film prometteur

Avec Garçon chiffon, sélectionné au Festival de Cannes 2020, le comédien Nicolas Maury (notamment connu pour son rôle d’Hervé dans la série télévisée Dix pour cent) dirige son premier long-métrage. Réalisateur du film, il campe également le personnage principal, Jérémie, un comédien trentenaire incompris et jaloux maladif, qui éprouve le besoin de se ressourcer dans sa terre natale du Limousin, loin de l’agitation parisienne. Si cette œuvre est bien une fiction, elle revêt des allures intimement autobiographiques où comédie et drame s’articulent habilement autour du personnage fantasque.

Une œuvre contrastée

Garçon chiffon est une œuvre émouvante, voire poignante à certains égards, avec un potentiel humoristique évident qui tient notamment à la performance des acteurs. D’un côté, Nathalie Baye, très authentique et maternelle, et de l’autre, Nicolas Maury qui propose un jeu atypique, parfois excentrique, mais finalement assez juste et spontané. C’est un duo mère-fils étonnant, qui fonctionne et laisse transparaître une alchimie certaine. Les deux personnages marquent réciproquement le contraste entre la campagne provinciale et l’agitation urbaine de Paris – contraste existant par ailleurs dans l’identité même de Jérémie. Le contraste s’immisce aussi dans la construction du récit. On constate une alternance entre moments tendres, profond désarroi et scènes alambiquées qui suscitent le rire. L’œuvre joue avec les émotions du spectateur comme une sorte de fresque bipolaire. Garçon chiffon met en scène un protagoniste et un récit complexes marqués cependant par trop d’arcs narratifs différents. Cela donne l’impression que Maury cherche à condenser tous les éléments qu’il a en tête, et en fait un peu trop. Le film a tendance à partir dans tous les sens, ce qui peut perdre le spectateur, notamment dans ses moments loufoques.

La signature Maury

Jérémie est un personnage perturbé qui semble venir d’une autre planète. Son originalité fait son unicité. Il s’agit d’un rôle qui colle à la peau de Nicolas Maury, sans surprise, presque de l’ordre de l’alter ego. Avec cette réalisation, il signe un premier long-métrage bien ficelé, qui tient la route et nous embarque dans son histoire. Il pourrait cependant paraître quelque peu égocentrique dans la mesure où regarder ce film revient à regarder (et écouter) Maury, tant il imprègne l’œuvre de sa personnalité. Le jeune réalisateur s’implique également à travers la bande originale du film qui pare le récit des notes de la chanson française, dont les paroles étayent le propos et sont un facteur clé de compréhension des personnages. Qui plus est, Garçon chiffon aborde des thèmes intimes comme la mort, la jalousie, la complexité des relations amoureuses, le rapport au père et à la mère, l’accomplissement personnel et la réalisation de soi. Le protagoniste est en quête de son identité. En outre, un des points forts du film réside dans la manière dont sont traitées les relations homosexuelles présentées sous le prisme de la normalité. Nicolas Maury fait le choix judicieux de mettre l’accent sur l’universalité du sentiment amoureux et ses difficultés inhérentes, plutôt que sur les questions d’orientation sexuelle à proprement parler.

Ainsi, Garçon chiffon est pleinement un film de Nicolas Maury, sa personnalité infuse complètement le récit. À la fois drôle et sensible, ce long-métrage plein de bonnes volontés saura trouver son public.

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Durée : 108 mn


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