Festival Zoom Arrière à Toulouse

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Ave Péplum ! La cinquième édition du festival << Zoom Arrière >>, placée sous le signe de l´Antiquité au cinéma, se tiendra à Toulouse du 15 au 26 février prochain.

Néron essayant des poisons sur un esclave (produit par les frères Lumière en 1896) : la scène dure à peine une minute, le premier péplum de l’histoire du cinéma est né. C’est d’abord en France et en Italie que le genre se développe, avant d’exploser aux Etats-Unis, sous l’impulsion de quelques pionniers remis au goût du jour à l’occasion du festival : David Griffith (Intolérance, 1916), Cecil B. DeMille (Les dix commandements, 1923)… C’est ensuite dans les années 50 que le péplum atteint son âge d’or. Le mot, qui désignait à l’origine une tunique portée par les femmes dans l’Antiquité, donne alors son nom au genre.

La programmation 2011 de « Zoom arrière » promet ainsi d’embrasser un siècle de cinéma à travers un bien vaste genre, qui regroupe au sens large des films à grand spectacle relatant des épisodes de l’histoire ou de la mythologie antique, ayant impulsé quelques innovations techniques et narratives liées au cinéma : montage alterné, cinémascope…Torses luisants, muscles saillants et femmes lascives, reconstitutions grandioses et décors en carton-pâte, superproductions hollywoodiennes et cinéma bis, le péplum érige tour à tour héros mythologiques, figures historiques et dirigeants politiques, expose des stars dans l’ombre desquelles fourmillent des milliers de figurants. Les superlatifs semblent ne jamais suffire pour qualifier les tournages titanesques et les épopées monumentales nés de ce genre voué au spectaculaire.

Grandeur et décadence, rayonnement et déclin

Il en va de soi, la programmation regorge de héros myth(olog)iques : Jules César et Cléopâtre de Joseph Mankiewicz, Caligula (incarné par Malcom McDowell dans un film de Tinto Brass, 1977), Spartacus (Kubrick), Le Colosse de Rhodes (Sergio Leone, 1960), Samson et Dalila (Cecil B. DeMille, 1949), sans oublier l’inévitable Ben-Hur (William Wyler) et quelques curiosité, comme La Femme du Pharaon d’Ernst Lubitsch de 1922… Tandis que les civilisations grecque et romaine périclitent dans La Chute de l’Empire romain (Anthony Mann, 1964), La Chute de Troie (Giovanni Pastrone et Romano Luigi Borgnetto, 1911), Les derniers jours de Pompéi (trois films à l’affiche).

Le programme révèle aussi que la représentation de l’Antiquité au cinéma ne se limite pas au péplum. Dans les années 60, le genre s’éteint : la production de Cléopâtre de Mankiewicz en 1963 et celle de La Chute de l’Empire romain d’Anthony Mann en 1964 (à voir cette semaine), dont les budgets colossaux ont respectivement failli couler la Fox et engendrer le plus gros échec de l’histoire du cinéma, entament son déclin. L’antique ne disparait pas pour autant : il resurgit chez des cinéastes à la démarche que l’on dit « auteuriste », comme Jean-Luc Godard (Le Mépris), P.P. Pasolini (Œdipe Roi) ou encore Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (Othon), à découvrir cette semaine. Le péplum, moribond durant près de trois décennies, renaît en 2000 avec l’énorme succès de Gladiator de Ridley Scott. Agora, de Alejandro Amenabar (2009), un des nombreux films hollywoodiens surfant sur la vague de ce retour, sera aussi projeté, et les costumes crées pour le film feront l’objet d’une exposition.

Restauration, expositions

Plusieurs cinémathèques européennes sont, comme tous les ans, invitées à venir présenter leurs restaurations récentes. A l’honneur, le musée national du cinéma de Turin inauguré en 2000, plus grand musée d’Europe consacré au septième art, également doté de la plus riche collection, a prêté au festival une série de photographies de studio sur les « Images de l’Antiquité : une histoire mouvementée du cinéma muet à Turin », exposée à La Fabrique culturelle du Mirail.

Au cinéma ABC, c’est Fellini au travail, photographié sur le tournage de Satyricon qui sera exposé.

Enfin, carte blanche a été proposée à Claude-Jean Philippe, invité d’honneur du festival, présentateur du « Ciné-club d’Antenne 2 » de 1971 à 1996 et créateur en 1976 de l’émission hebdomadaire « Le Cinéma des cinéastes », qui a sélectionné cinq coups de cœur parmi lesquels La captive aux yeux clairs de Howard Hawks, Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch, et Lettre d’une inconnue de Max Ophuls.

Comme César, il ne reste plus qu’à venir, voir… et vaincre.

Le programme complet est disponible sur le site de la cinémathèque de Toulouse.


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