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Festival Cinespaña du 1er au 10 Octobre 2010

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La quinzième édition du festival toulousain Cinespaña s’apprête à dérouler le tapis rouge au cinéma espagnol du 1er au 10 octobre. Tour d´horizon des différents évènements proposés lors de cette édition 2010.

Aider et favoriser la distribution des films espagnols en France : voilà une des vocations affichées du festival toulousain. Car malgré l’accord de coproduction statué entre les deux pays, l’écart entre le budget moyen d’un film espagnol et celui d’un film français reste très important. Et si beaucoup de films français sont distribués, seuls 15 à 20 longs métrages espagnols sortent chaque année sur nos écrans. Cinespaña s’inscrit donc dans une perspective visant à offrir plus de visibilité à ce cinéma, parfois uniquement associé et identifié à ses figures de proue (Almodovar, De la Iglesia, Del Toro, Amenabar…) ou au cinéma de genre – très fécond il est vrai dans la péninsule ibérique.

En compétition

Huit films de fiction sont cette année en compétition pour la Violette d’Or : After, troisième long métrage de Alberto Rodríguez, Bon appétit de David Pinillos, Habitación en Roma (Julio Medem, réalisateur de Lucía y el sexo et doyen de la compétition), El idioma imposible (Rodrigo Rodero), Mal día para pescar (Álvaro Brechner), Lo más importante de la vida es no haber muerto, du collectif OLPAMA, La mujer sin piano de Javier Rebollo et enfin La vida empieza hoy de Laura Mañá. La relative jeunesse des cinéastes (la plupart ont à peine 40 ans) dans une sélection qui compte en outre trois premiers longs laisse augurer une compétition dynamique, sinon rafraichissante. Seront également primés les meilleurs court-métrage et documentaire. Le cinéma du réel occupe d’ailleurs, au sein de la programmation, une place conséquente, renforcée cette année par une collaboration toute récente entre Cinespaña et Documenta Madrid, festival entièrement dédié au documentaire ayant lieu chaque printemps depuis 2004 dans la capitale espagnole. Deux films primés là-bas en mai dernier seront visibles ici : I love benidorm de Gaetano Crivaro et Mario Romanazzi et La Ciudad de los muertos de Serge Trèfaut.

Résistance et transition

Cette section de la programmation portera sur la période dite de transition démocratique (1975-1982). Dans les années suivant la mort de Franco, les cinéastes effectuent un retour sur l’Histoire officielle, jusqu’alors escamotée par le régime, exhumant celle des perdants de la guerre et de ceux qui, au quotidien, ont vécu et subi ces 36 années de dictature. Supprimée en 1977, la censure avait interdit ou réprimé nombre de sujets dont ils se saisissent alors : le droit à la liberté sexuelle va par exemple durablement imprégner le cinéma de la transition. On pourra ainsi découvrir Asignatura Pendiente, de José Luis Garci (1976), emblème du renouveau de la comédie au début de la démocratie ; Camada negra (avec Angela Molina) de Manuel Gutiérrez Aragón, chef de file de ce cinéma de la transition ; El crimen de Cuenta de Pilar Miró (1979), dans lequel une erreur judiciaire conduit à la condamnation et à la torture de deux innocents. Violente dénonciation des pratiques de la garde civile, le film fut censuré pendant plusieurs mois, avant de rencontrer un immense succès. La caza de Carlos Saura (1966), allusion métaphorique à la guerre civile, El ultimo pecado de la burguesia (Enrique Guevara, 1978), triangle amoureux se heurtant à une société conservatrice et El Verdugo (Luis García Berlanga, 1964) parachèvent cette rétrospective.

Mémoire

Initiée en 2009, cette section composée de 9 documentaires témoigne du franquisme et de l’exil de centaine de milliers d’espagnols.

Carte blanche

C’est à Lluis Miñarro, producteur (entre autres de la palme d’or 2010, Uncle Boonmee), qu’il est revenu cette année de choisir cinq films espagnols « qui ont été à un moment donné une révélation et qui, de plus, sont peu connus à Toulouse ». Il a, entre autres, jeté son dévolu sur un Welles (Falstaff, 1965), un Erice (El Sol del membrillo, 1992), un Bardem (Los pianos mecánicos, 1965) mais aussi sur Viridiana de Luis Buñuel, palme d’or 1961, immédiatement censuré en Espagne. Le pouvoir s’était ensuite échiné à vouloir détruire le film, finalement sauvé grâce à son statut de coproduction (Mexique-Espagne). Un chef-d’œuvre à (re)découvrir, dans lequel on mesurera la violence du propos du maître, qui fut en son temps balayé par le régime en place.

Intra/extra-muros

Cette année encore, les organisateurs ont joué la carte de la fragmentation de la programmation. Toulouse est investie au maximum et tous ses cinémas mobilisés (Gaumont, UGC, Utopia, Cinémathèque, ABC, ESSAV, Institut Cervantes, Le Cratère). La section « Hors les murs » s’est développée et étendue : 21 salles dispersées en Midi Pyrénées et Haute-Vallée de l’Aude projetteront des films déjà primés ou remarqués au cours des années précédentes. Au hasard, il sera donc possible de (re)voir Cellule 211 de Daniel Monzón à Auterive, Torremolinos 73 (Pablo Berger, 2003) à Foix ou encore La Luz Prodiogiosa de Miguel Hermoso – présenté à la Mostra de Venise en 2003 – à Revel.

Hommage

Il sera rendu à Ángela Molina, actrice madrilène prolifique (70 films et téléfilms au compteur en 35 ans de carrière). Elle fut d’abord pour beaucoup l’un des deux visages de Conchita (l’autre étant celui de Carole Bouquet) dans Cet obscur objet du désir, jeune femme se refusant continuellement à un vieil homme amoureux (Fernando Rey). Ce film, l’ultime de Luis Buñuel, réalisé en 1977, sera projeté en sa présence. A partir de la fin des années 70, à l’image de beaucoup d’autres acteurs espagnols, Ángela Molina a poursuivi une carrière internationale, tournant pour le suisse Alain Tanner (L’Homme qui a perdu son ombre, 1991), les italiens Marco Bellocchio (Les yeux, la bouche, 1984) Luigi Comencini (Le Grand embouteillage, 1978) et Gillo Pontecorvo (Opération ogre, 1979), l’américain Ridley Scott (1492 : Christophe Colomb, 1992), mais aussi pour Almodovar (En chair et en os, 1997 et Etreintes Brisées, 2009, également visible cette semaine).

Sans oublier…

La région à l’honneur cette année : la Cantabrie ; l’avant-première du dernier film de Isabel Coixet, Mapa de los sonidos de Tokyo ; Un ciné-concert : La revoltosa (1924) du cinéaste aragonais Florián Rey, sur une musique interprétée par The Silent Band, à la Cinémathèque. La section Panorama permettra de découvrir (hors compétition) quelques films espagnols récents. Le cinéma de genre ne sera pas en reste : du 2 au 8, à la cinémathèque, les séances de 22 heures seront dédiées au cinéma fantastique. Autant de propositions séduisantes à accepter d’emblée pour clore les soirées en douceur : une propulsion en 2012 avec le groupe Acción mutante (premier film de Alex de la Iglesia, 1992), un placement dans un orphelinat catholique pendant la guerre civile (L’échine du diable, Guilhermo del Toro, 2001), ou bien encore un reportage caméra à l’épaule : une nuit avec une équipe de pompiers dans un immeuble enchanteur (REC 1 et 2)…

Renseignements et programme : http://www.cinespagnol.com/
Contacts : Cinespaña
10, rue Jean Rancy
31000 Toulouse
05.61.12.12.20
[email protected]


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