Faux-Semblants. Sortie Combo Blu-ray + livret chez BQHL.

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Au cœur de l’ œuvre ô combien exceptionnelle de David Cronenberg, Faux-semblants est probablement sa pièce maîtresse.

Indissociables, inséparables, les deux jumeaux Beverly et Elliot Mantle (Jeremy Irons) sont des gynécologues hors-pair dont l’existence va être chamboulée par la rencontre de Claire (Geneviève Bujold), dont Bev. va devenir éperdument amoureux.  À l’instar de ses récurrents personnages plongés dans un lent processus de mutation, l’œuvre de Cronenberg a progressivement mué, de l’horreur jamais totalement pure et en tout cas jamais gratuite de Frissons (1975) et de Rages (1977), vers des drames qui savent devenir effrayants et vénéneux comme Cosmopolis (2012) ou Map to the Stars (2014).  Si ce processus de mutation, trouble la notion de genre, et donc tout tentative de péremptoire classification entre les métrages, à défaut d’être un tournant à cent quatre-vingt degrés, Faux-semblants réaffirme après Dead Zone (1983) et dans une moindre mesure La mouche (1986), la volonté de laisser plus d’espace aux formes d’expression humaines des affects plutôt qu’à leurs métaphoriques et monstrueux stigmates. Pour autant, ce rééquilibrage ne saurait, comme le jette Beverly  à la face de Caire qui tente de l’analyser : «  se transformer en une séance de psychologie de comptoir ». Les maux ont certes plus le droit à la parole, mais c’est toujours l’enveloppe humaine qui les matérialise le mieux. Le corps noueux et sec  de Jeremy Irons, qui, dans de minimes mais perceptibles proportions, s’étire chez Elliot – le Mantle extraverti et sûr de lui – se replie  chez Beverly, qui préfère l’ombre à la lumière. La distinction entre les deux jumeaux n’étant qu’enjeu assez mineur au début du récit, pour disparaître par la suite, Irons trouve d’autres terrains de jeu bien plus troublants et subtils que la recherche de postures, accoutrements ou  travestissements capillaires habituellement utilisés pour les doubles rôles. En lieu et place de ces artefacts, le visage d’Irons expriment, avec une incroyable panoplie de nuances, l’envie, la peur, le désir, à des stades différents de conscience. Les deux jumeaux ne constituant plus qu’un seul être de chair et d’esprit.

Le tropisme organique de Cronenberg, bien plus mesuré qu’à l’accoutumé – et plus étonnamment pour un tel sujet -, ménage et réussit pleinement ses effets, l’acmé : la séquence emblématique des deux frères siamois en compagnie de leur maitresse. La crudité des explorations gynécologiques ainsi que les autres invasions matérielles – drogues – sont sobrement mis en scène. Une bande son discrète qui évite de simuler la tension, une photographie assez douce ne réduit pas la place de l’humain dans ce concert de violences. À l’exception du finale – et encore parcimonieusement -,  le sang s’invite essentiellement dans la couleur inhabituelle et symbolique des blouses médicales. Les effets les plus glaçants parvenant de la sécheresse du matériel médical crée par les Mantle : leur écarteur en or massif et une série d’objets métalliques aussi pointus et tordus les uns que les autres. Contraste effrayant – cher à l’auteur – entre le cadre moderne voire  futuriste de l’action et l’archaïsme des moyens convoqués par des personnages dépassés par les évènements.

Avec Madame Butterfly,  en 1993, toujours avec Jeremy Irons, Cronenberg livre avec Faux-semblants deux magnifiques histoires d’amour.  L’arrivée d’une tierce personne dans la vie bien réglée des Mantle va révéler toute la force de leur amour.  Le réflexe de jalousie initial va rapidement céder la place à une déclaration d’amour réciproque, chacun des frères ne pouvant continuer à vivre que si l’autre est heureux. Très intelligemment, sans être ni linéaire ni labyrinthique, le scénario évite les coups de théâtre pour laisser place à la complexité des sentiments. Initialement perçue comme une menace, Claire apportera trouvera son oxygène dans la relation. Comme souvent chez Cronenberg, le poison est de nature plus viscérale et personnelle, c’est l’homme lui-même qui s’injecte ou ingurgite les éléments qui vont ronger et détruire son organisme – la cassette de Vidéodrome, la téléportation de La mouche. Les tréfonds de l’âme resteront à jamais incontrôlables.

Faux-Semblants. Sortie Combo Blu-ray + livret chez BQHL.

Titre original : Dead-ringers

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Durée : 115 mn


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