1928, Emmanuel Manford et David Nathan, deux cousins vivant à New-York et travaillant dans la publicité, s’inscrivent à un concours de littérature policière. Même si leur initiative n’est pas couronnée de succès, ils créent alors le personnage d’Ellery Queen, nom qui servira également de pseudonyme pour publier l’ensemble des aventures à énigme (dont une partie des récits émane d’autres auteurs), riche de quatre phases, jusqu’à la fin des années soixante.
De l’esprit à revendre.
Le personnage d’Ellery Queen est un écrivain policier célèbre qui assiste son père, Richard Queen inspecteur de police, lors de ses enquêtes. Aussi doué qu’un Sherlock pour repérer les micro détails qui échappent au commun des mortels, que mal dégrossi, éternel adulescent, distrait au point d’ oublier ses rendez-vous galants, maladroit avec la majorité des objets qui passent entre ses mains, y compris un volant de voiture, Ellery est aussi perspicace qu’attachant. La longue silhouette et le visage candide de Jim Hutton suffisent – même si un supplément d’âme aurait été le bienvenu – à nous embarquer à ses côtés.
Chaque épisode est une forme de course contre-la-montre, dans lequel Ellery – surnommé le Maestro par le subordonné de son père -, cherche à aller plus vite et plus loin que les enquêteurs officiels. Pour pimenter la compétition, dans plusieurs enquêtes s’invite un troisième larron , Simon Brimmer (John Hillerman), célèbre Storyteller radiophonique, qui se prétend plus malin que tout le monde.
Parmi les épisodes qui composent la série, un seul est adapté directement d’un roman original, Le petit déjeuner d’Alice, très probablement le meilleur avec le pilote. Les autres épisodes possèdent tout ce qui fait la singularité et la force de ces Whodunits littéraires. Un rythme endiablé, des intrigues à tiroirs – parfois un peu trop mécaniques, mais là n’est pas l’essentiel – , conjugués au second degré : une dose d’ironie et d’autodérision. Et surtout une mise en abyme du concept qui dépoussière le genre. En plus des incitations d’ Ellery face caméra pour nous inviter à résoudre l’énigme, c’est toute notre expérience de spectateur qui est sollicitée.

Les amateurs des romans ou adaptations d’Agatha Christie, les assidus de la série d’Arabesque, et autres fans de Detective-Stories prendront un plaisir ludique à se plonger dans ces malicieux Cluedo. Ces jeux de chaises- musicales entre des suspects dont les mobiles se révèlent peu à peu, et dont les alibis fondent comme neige au soleil.
Complicité également avec des personnages, qui tout en gardant le sérieux dû à leur statut : policiers, suspects, policiers, ont bien conscience de jouer un rôle de fiction. En plus d’Ellery – l’auteur de romans policiers/ enquêteur -, de nombreuses intrigues se situent dans les milieux de la création : théâtre, radio, littérature… On ne distingue plus le faux du vrai, on s’y perd avec gourmandise !
Farley Granger, Ray Milan, Ida Lupino, Don Ameche…, la vieille garde côtoie la relève : Dean Stockwell, Roddy McDowall,Larry Hagman, John Hillermann… Plongée dans l’atmosphère du cinéma hollywoodien des années quarante grâce au décorum soignée de la série et le musique d’Elmer Bernstein. Le charme suranné de cette série des années soixante-dix mérite bien une séance de rattrapage, car elle est passée entre les radars de nos chaînes depuis trop longtemps.
Ellery Queen – À plume et à sang – volume 1 et volume 2, chez Elephant Films.





