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DVD « Halloween »

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Zoom sur le film culte de John Carpenter à l’occasion de sa sortie en DVD.

Revoir le classique de Carpenter nous rappelle à quel point le cinéma d’horreur des années 70 savait foutre la trouille avec peu de moyens et un véritable sens de la mise en scène. Preuve en est avec Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper, Le Locataire de Polanski, Alien de Ridley Scott ou cet Halloween premier du nom, réalisé en 1978. Des titres qui ont influencé des générations de réalisateurs jusqu’à aujourd’hui. Car bien loin des effets sonores et du montage jump cut, ils ne postulaient que la croyance du spectateur en l’image et sa capacité à se demander qui, quoi, pourquoi, comment, ces films ne révélant jamais rien tout en distillant une angoisse sourde, un Mal tapi dans l’ombre ou derrière une porte. Bref, la genèse d’un cinéma fantastique intelligent et flippant où, du statut de séries B, quelques films se sont inscrits au panthéon des chefs-d’œuvre. La réussite d’une telle entreprise ? Le Halloween de Carpenter y répond par sa modestie et le traitement de son sujet sans flonflons ni trompettes.

John Carpenter est un cas d’école. S’occupant de A à Z de ses films, on le retrouve au poste de producteur, scénariste, réalisateur, compositeur, il n’a eu de cesse de clamer son amour pour le genre en lui offrant ses plus belles pelloches, entre autres New York 1997, The Thing, Prince of Darkness, In The Mouth of Madness, Vampires (1998). Le tout enrobé d’un savoir-faire puisé dans les vieilles marmites de l’artisanat. C’est ce qui rend son cinéma si attachant et intemporel. La peur se doit d’être crédible dans son ancrage au réel, et l’artisanat en est son meilleur témoin. Troisième film de sa carrière, Carpenter s’attelle à Halloween et posera sans le savoir les bases du slasher, à savoir un tueur mystérieux, des screaming queens, et une prédisposition pour les armes blanches.

Ne souhaitant jamais révéler les pulsions qui animent le tueur Michael Myers, et ne les expliquant en aucun cas (Rob Zombie dans son récent remake éclaircira d’ailleurs avec brio et sauvagerie ces zones d’ombres), Carpenter touche là l’essentiel du principe de terreur. En effet, quoi de plus efficace qu’une menace n’ayant aucune raison d’être mais qui deviendra grandissante jusqu’à l’arrêt cardiaque ? Les mécanismes de la peur reposant sur les non-dits et l’absence de démonstration, Carpenter applique à la perfection cette politique de la suggestion afin de rendre chaque apparition de son croque-mitaine encore plus terrifiante. Apparition toujours accompagnée du score angoissant composée par le réalisateur lui-même.

La réussite du film tient au caractère proprement démoniaque du tueur. Il apparaît toujours au coin d’une rue ou d’un bosquet et est souvent filmé de dos avec son souffle rauque accentué par la bande son. Ultime trouvaille pour accentuer la dangerosité de Michael Myers : l’impossibilité pour le spectateur de mettre un visage sur cette silhouette, le croque-mitaine portant à chaque apparition son fameux masque blanc dénué d’émotions. Le Mal à l’état pur ne peut être humain et Carpenter ne souhaite en aucun cas désacraliser ce principe. Il accentuera même l’effet en recourant au parti pris de la caméra subjective, rarement employé à l’époque. Le spectateur est ainsi constamment à la place du tueur en train d’épier ses victimes, et devient presque le complice de ce monstre. Le réalisateur n’a donc pas besoin de recourir à des effets sanguinolents ou violents pour secouer le spectateur : il lui suffit de filmer la tranquillité d’une petite ville aux rues calmes et quasi désertes et de faire planer cette ombre menaçante.

En travaillant sur une mise en scène discrète et en minimisant ses effets de surprise, Carpenter est parvenu à distiller une peur que peu de films fantastiques auront réussi à égaler, si ce n’est dans ses autres bobines. Cette approche sera radicalement différente avec la version de Rob Zombie sortie tout récemment. Réalisateur un peu moins délicat que Carpenter, que ceux qui ne les ont pas encore vus se ruent sur La Maison des mille corps (2003) et The Devil’s Rejects (2005) pour se convaincre du caractère rentre-dedans du bonhomme, Zombie décide d‘exploiter à fond la matrice putride ayant donné naissance à Michael. La première partie de son film, réussie de bout en bout, nous décrit avec complaisance la misère affective de sa famille, pauvre, sale et rock’n’roll et ses déboires à l’école. Puis le film bascule rapidement dans une violence froide et dérangeante, car exécutée par un enfant d’une dizaine d’années. Zombie n’y va pas avec le dos de la cuillère et c’est tant mieux. Malheureusement, la suite du film sera un peu moins heureuse, le réalisateur ne parvenant pas à se détacher de l’œuvre originelle. Certaines scènes seront d’ailleurs reprises quasi à l’identique, si ce n’est une esthétisation des meurtres brutale et sanglante donnant au film sa propre identité. Malgré ce défaut, Zombie aura signé la meilleure suite-remake au chef-d’œuvre de Carpenter. Quand on vous dit que les mythes sont éternels…

Halloween de John Carpenter, coffret 3 DVD 30e anniversaire édité par Darkstar, novembre 2007.

Titre original : Halloween

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Durée : 101 mn


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