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DVD « ELLES »

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Sexe, prostitution, études et quartier chic… « ELLES » raconte l´histoire d´une journaliste qui, pour boucler un article, dévoile l´intimité de deux jeunes prostituées. Volupté et réalité.

Juliette Binoche, cheveux gras, doigts rapides sur le clavier, a ce truc des grandes actrices. En plan fixe plusieurs secondes, on ne peut s’empêcher de l’admirer, l’observer, se laisser aller dans l’élan de ses gestes et de ses pensées. Et lorsqu’une réalisatrice, polonaise, lui donne un rôle de journaliste pour le magazine ELLE, elle, archétype de la belle femme mûre, peau ferme, se jette sans hésiter, aide la réalisatrice lors du tournage des séquences, propose des champs/contrechamps face caméra. Même si Juliette Binoche a le rôle principal où elle fait le lien entre deux jeunes femmes, l’une française étudiante en prépa et l’autre polonaise, arrivée difficilement à se construire à Paris, rien n’empêche une distribution des rôles en puzzle : toutes les actrices ont leur place, se complètent et forment un tout.
 
La prostitution étudiante, le thème n’est pas nouveau ; tiré tout droit des pages société de nos journaux, elles sont de plus en plus nombreuses à choisir ce « petit boulot » pour financer leurs études, leurs studios, leurs trains de vie de citadines. Mais le film apporte par la fiction une certaine réalité. Les personnages sont écrits pour être des étudiantes, chacune maîtresse de leurs actes, décideuses, dominantes. Elles choisissent leurs clients, choisissent ce travail plutôt que d’être caissière en supermarché. Elles n’ont pas l’impression de se livrer ou de se faire violence, comme le dit Anaïs Demoustier dans le supplément du DVD, ces jeunes prostituées n’ont juste pas eu « la bulle »  les réveillant, leur faisant prendre conscience que leur corps est donné, sali pour quelques désirs masculins. 


Anaïs Demoustier incarne Charlotte, une jeune prostituée étudiante.



Derrière la caméra, c’est un regard de femme et non de féministe. Sans grand jugement, sans précipiter une mise en accusation des hommes, ces vilains obsédés, la réalisatrice et la scénariste donnent à voir des histoires, inspirées de la réalité et fantasmées aussi par leur vision de Danoises sur la société française. Journaliste, femme de goût, mariée à un homme riche un peu absent, mère de deux garçons, l’actrice principale cristallise dans son couple le mal-être qu’elle développe en rencontrant de jeunes prostituées. Elle vit dans un cocon, se laisse dépasser par son confort jusqu’au jour où d’autres femmes, plus jeunes, plus sensibles et en détresse, lui ouvrent les yeux. C’est alors une caméra lente qui suit l’évolution psychique et sentimentale de l’actrice.
 
Inspirées par l’univers de Virginia Woolf, intriguées par le sexe féminin et ses solitudes, la productrice Marianne Slot et la scénariste Tine Byrckel ont fait appel à la réalisatrice Malgoska Szumowka, déjà auteure du film 33 Scènes de la vie en 2008, captivées par l’univers noir et difficile raconté sous le prisme de la famille et du cancer. Deux personnalités danoises, une réalisatrice polonaise, des actrices françaises, bref, ELLES ressemble à la combinaison parfaite d’un regard croisé de femmes sur la prostitution, la misère sexuelle. Regarder le film, c’est devenir complice des rapports sexuels, volontairement nombreux dans ELLES, regarder avec ou sans perversité l’intérieur des femmes.

Coffret ELLES, fiction de Malgoska Szumowska et ESCORT, documentaire d’Hélène de Crécy.
Edité par Potemkine film / Agnès B – Sortie le 5 juin 2012.


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