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DVD Christophe Colomb, l’Enigme

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Dernier film en date du « plus vieux cinéaste du monde », Christophe Colomb, l’Enigme confirme plus que jamais la pleine maîtrise d’un art en perpétuelle redéfinition.

Amoureux comme au premier jour, Manuel Luciano Da Silva et son épouse Sylvia poursuivent en 2007, sur fond de paysage new-yorkais, une quête initiée plus de cinquante ans plus tôt, celle de l’attestation des origines portugaises de l’illustre explorateur ayant découvert l’Amérique : « Cristobal Colon » (comme le soulignera le flegmatique guide interprété par Luís Muiguel Cintra, les accueillant à la fin du film dans la maison de naissance supposée – à Cuba, village portugais – de ce dernier). Manuel Luciano et Sylvia (est-ce un détail ?) sont incarnés par le cinéaste Manoel de Oliveira himself et son épouse Maria Isabel. De ce fait, chaque mot prononcé par l’un en direction de l’autre sera teinté – tout du moins veut-on le croire – d’une dimension discrètement « documentaire ». À croire que le film serait pour le plus vieux cinéaste du monde (mais l’un des plus vifs en activité), au-delà du caractère forcément discursif de sa matrice (la remise en question de toute une mythologie, l’affirmation d’une influence portugaise jusqu’ici minimisée sur ce point précis de l’Histoire), le lieu rêvé d’une déroutante mais belle mise en abyme de sa propre histoire (amoureuse, intellectuelle, citoyenne).

                                                                                                               

La rumeur indiquant cependant que la présence du couple dans le film serait moins le fruit de la seule fantaisie du cinéaste que d’une proposition de ses producteurs, toute identification de la présente œuvre – comme par ailleurs de toute l’œuvre d’Oliveira – s’avèrera teintée d’incertitude, d’un vacillement perceptif et spirituel de tous les instants. Rien donc ne permet ici de conclure réellement à une totale adhésion du cinéaste à cette ode patriotique. Si les propos sont assez clairs (la seule véritable réserve que l’on pourrait émettre sur ce film reposerait sur la totale absence de contradiction, de proposition dialectique quant à son sujet, le rendant par là même quelque peu irritant et pesant à certains endroits), demeure la séduction purement visuelle de plans immaculés dont seul Oliveira a le secret : présence muette mais bienveillante, à chaque période de la vie de Manuel Luciano, d’un ange vêtu des couleurs du Portugal, sous les traits délicats de Laurença Baldaque ; vues sur la mer soulignées d’un chant poétique de Sylvia, rendant grâce aux grands explorateurs ; visite de musées et lieux de culte mettant en valeur la singulière musicalité de la langue… Surtout, le film séduit par le permanent alliage d’un certain immobilisme (nécessaire à la réflexion, l’échange) et la richesse de ses variations spatiales (de nombreux déplacements, tout au long des 60 ans couverts par le récit, de la première migration marine vers les Amériques, au trajet en voiture des jeunes mariés – incarnés par Ricardo Trepa et Leonor Baldaque – , sans oublier le beau plan d’atterrissage d’un avion sur le sol portugais) et temporelles (très soudaines ellipses, grands bonds entre les diverses étapes de la vie du chercheur, pouvant aller de 10 à 47 ans !).

C’est en raison précisément de cette ivresse, ce refus du hiératisme ampoulé qu’Oliveira reste Oliveira. Au soupçon légitime de conservatisme ne cesse de s’allier l’évidence d’une quête incessante de « nouveauté », d’une prédisposition constante à l’envol et la bifurcation. L’énigme de son art reste, à l’orée de ses cent ans, celle d’une maîtrise toujours d’actualité, d’une lucidité interdisant – pour encore quelques films, on l’espère – toute suggestion de retraite.

Bonus

En complément, l’avant-première du film et l’interview de Manoel et Maria Isabel de Oliveira (dans leur propre rôle, cette fois)… joli contre-champ « réel » de leur savoureuse composition « de fiction ».

DVD  édité par EPICENTRE FILMS, sorti depuis le 14 mai 2009

A relire : la critique du film par Nicolas Debarle


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