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Divines

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Premier long métrage qui ne manque pas de panache, mais à l’impact biaisé.

Deux adolescentes vêtues d’un niqab font les cent pas dans un supermarché, usant de leur camouflage afin de dissimuler sucettes, boissons, biscuits et autres barres chocolatées, avant de sortir incognito pour revendre les denrées volées à des camarades de leur cité. Dounia fait sonner le téléphone de sa meilleure amie Maimouna, agenouillée dans la mosquée en pleine prière et aussitôt rabrouée par sa mère. C’est sur ces séquences frondeuses et d’une malicieuse transgression qu’Houda Benyamina ouvre son premier film, Divines, primé de la Caméra d’or à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2016. L’œuvre, qui suit la débrouille de ces deux jeunes filles à l’amitié inébranlable, ne manque ni de cran ni de verve, qu’il s’agisse de la caractérisation de ses personnalités principales – joyeuses fusées éhontées et narquoises interprétées avec pétulance par Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena – ou de son tempo, au montage tout en à-coups offensifs et vivacité visuelle. La formule extraite du film, et rapportée comme étendard par plusieurs médias à l’issue de sa projection à Cannes : « T’as du clito, j’aime ça ! », est également symptomatique de son esprit hardi et fémininement revendicateur.

 

Aussi, il est dommage que Divines, entre insolence et fracas de façade, ne soit pas réellement à l’image de cette poignée de petites femmes insoumises (c’est également une fille, Rebecca, qui est à la tête du réseau de drogue local), réduisant progressivement celles-ci à leurs déterminismes sociaux et appartenances imposées. « Money money money », scande furieusement Dounia, est la seule philosophie et le but à atteindre, passant – comme si cela ne pouvait être évité – par la case drogue et la dégringolade habituelle qu’elle peut provoquer, ici à renforts de séduction dans le but d’empocher le pactole d’un dangereux malfrat. En prenant rapidement une telle tournure, le film abandonne la fuite osée et d’une tonitruante promesse qu’il laissait entrevoir en débutant ; fuite pourtant présente – même si symbolique – dans une belle séquence entre Dounia et Maimouna mimant un tour en Ferrari sur une route de la ville de Phuket. A travers cette scène inventive, la cinéaste accompagne artistiquement l’imaginaire des deux filles : dans le terrain morne où elles se trouvent s’invitent, le temps d’un rêve, les bruitages émis par le véritable son de la voiture de course, accompagnant la conduite fantasmée des conductrices, qui elles-mêmes tournent un volant feint, embrayent, passent les vitesses, au fond, inventent de nouvelles trajectoires de vie.

Alternative évoquant une échappatoire qui demeurera chimérique mais incarnée en la personne de Djigui, jeune homme qui fuit le déterminisme à grands pas chassés indomptables, en talentueux et passionné danseur qu’il est. Cette mise en parallèle assez artificielle (la scène de danse avec son professeur snob en mesure d’extirper Djigui de son avenir sinon peu prometteur, les mouvements du corps comme métaphore de la lutte), au son du Lacrimosa de Mozart, alourdit l’œuvre, seule une partie de son dispositif est à même de rappeler le caractère buissonnier inaugural : retranchées dans les hauteurs de la salle de danse, au milieu de poutres en métal et de fils électriques, Maimouna et Dounia observent, en crachant, mais avec envie, cet autre territoire vers lequel s’échappe Djigui. Une échappée qui fera défaut aux deux filles, propulsées dans un basculement final mortifère de caillasse et de feu au moralisme stérile, loin des récalcitrantes divinités dont on espérait l’apparition.

Titre original : Divines

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Durée : 105 mn


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