Select Page

De Vrais Mensonges

Article écrit par

Quatre ans après « Hors de prix », Pierre Salvadori retrouve Audrey Tautou pour une comédie sans grande saveur.

Tout commence quand, un matin, Emilie (Audrey Tautou) reçoit une lettre d’amour anonyme. Il ne faut pas plus d’une minute pour que celle-ci se retrouve à la poubelle, jetée sous les yeux de celui-là même qui en est à l’origine : Jean (Sami Bouajila), l’employé d’Emilie. Tout aurait pu s’arrêter là… mais il n’y aurait pas eu de film !
Ladite lettre connaît une seconde vie quand Emilie décide de la recopier et de l’envoyer – toujours sous le sceau de l’anonymat – à Maddy, sa mère (Nathalie Baye), qui ne se remet pas du départ de son mari. Emilie voit alors le comportement de sa mère changer ; cette dernière s’épanouit (et Nathalie Baye qui s’ouvre de nouveau à l’amour, c’est quelque chose, pas de demi mesure !) dans l’attente d’autres missives. Mais Emilie, qui tente de rédiger elle-même de nouvelles lettres afin de satisfaire les attentes de sa mère, n’a pas les talents épistolaires de Jean ; et ce n’est pas la vodka ingurgitée pour trouver l’inspiration qui y changera quelque chose.
Douze ans après Vénus, beauté, institut, Audrey Tautou retrouve Nathalie Baye, non pas pour être sa collègue dans un salon de beauté, mais sa fille, cogérante d’un salon de coiffure. On relèvera la volonté manifeste de créer un univers au sein dudit salon, Pierre Salvadori essayant de faire émerger des seconds rôles voulus charmants et décalés. Tentative malheureusement infructueuse, les personnages des deux jeunes femmes travaillant avec Emilie n’étant finalement que peu (mal ?) développés. A l’image de Paulette (Judith Chemla), qui n’est définie que par son incroyable capacité à « se noyer dans un verre d’eau ». Cela fait sourire une fois (un petit côté burlesque qui n’est pas déplaisant), mais un personnage ne peut être défini par un unique trait de caractère, même lorsqu’il s’agit d’un second rôle. Finalement, et c’est dommage, le lieu du salon de coiffure sert de simple décor, là où il aurait pu – et peut-être dû – avoir une place réelle dans le développement du film (on attend notamment d’un tel lieu qu’il dégage une atmosphère).
Comme le montre l’affiche du film, Audrey Tautou est au premier plan, dans De Vrais Mensonges. Mais bien vite, son jeu ne suffira plus à porter cette comédie. Oui, elle est « mimi », il n’y a sur ce point aucun souci. Ou plutôt si… puisqu’il est difficile de ne pas attendre davantage. La comédienne ne parvient pas à donner de profondeur à son personnage, pour lequel on ne ressent – de fait – aucune empathie. Se voulant touchante, Emilie devient au fil du film presque pathétique. Et ce notamment dans son rapport à Jean, qu’elle ignore totalement dans un premier temps, puis auquel elle ne peut plus adresser un mot, apprenant qu’en réalité cet « homme à tout faire » est hautement diplômé et parle tout un tas de langues (il faut  au moins reconnaître que la scène où Jean dévoile ses capacités linguistiques – en criant en coréen sur un client – est l’une de s rares qui sauvent ce film). Et enfin devant les désirs – financiers – auxquels elle se trouve à devoir se plier afin qu’il ne dévoile rien de la supercherie à Maddy. Un sentiment de superficialité se dégage de cette apparente volonté d’aborder des grands thèmes – notamment par les changements de motivation des personnages – tels que la timidité, la manipulation, la vengeance…
Emilie se retrouve finalement prise à son propre piège, le spectateur, loin de vouloir la sauver, regardant avec un détachement certain les révélations se succéder, les situations se renverser, avec parfois un léger sourire, bien souvent une fatale indifférence, le manque de relief de De vrais mensonges reposant beaucoup sur une réalisation qui manque de personnalité : tout est bien trop propre, sans surprises. De Vrais Mensonges, n’est pas certes pas catastrophique (en matière de comédie romantique « à la française », on a vu pire, et souvent)… mais on est tout de même en droit d’attendre plus d’un film, non ?

Titre original : De vrais mensonges

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 105 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Rojo

Rojo

« Rojo », comme le sang, comme la violence, le nouveau film de Benjamin Naishtat vous entraîne très loin dans une Argentine pas si éloignée de nous.

La Femme de mon frère

La Femme de mon frère

Souvent drôle, constamment touchant, « La Femme de mon frère » est un galop d’essai prometteur de Mona Chokri qui ne démériterait pas pour la Caméra d’or de la sélection Un Certain Regard.