De l’usage du sextoy en temps de crise

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La mettant en scène comme un journal intime, Éric Pittard rejoue le drame de sa maladie. Un film pas toujours très adroit et assez éprouvant.

Ancien de l’IDHEC, reporter féru de l’œuvre de Chris Marker et Jean Rouch, Éric Pittard (L’Usine (un jour de moins, un jour de plus), 1998) dépasse le reportage et le format documentaire pour toucher un peu à la fiction et beaucoup à l’autobiographie. De l’usage du sextoy en temps de crise raconte son combat contre la leucémie. Il met en exergue ces moments où le patient a véritablement dû apprendre à être patient, sans jamais savoir s’il irait mieux plus tard. La sexualité et la crise annoncées par le titre ne sont qu’effleurées et le véritable sujet du film est bien la maladie. C’est peut-être à cause de ce léger revirement, à cause de ce format atypique, entre fiction et documentaire, que la mayonnaise peine à prendre.

La force qu’il faut reconnaître au film, c’est de réussir à parler de la maladie sans être larmoyant, sans plonger dans le pathos. Le tout dans une image léchée au noir et blanc très contrasté. Mais interpréter sa propre expérience n’est jamais chose aisée, et, à si bien contrôler ses outils, Éric Pittard se regarde peut-être un peu trop rejouer le drame. Si la démarche était peut-être nécessaire pour lui – se réapproprier son histoire avec sa propre mécanique, expiant son vécu via l’écriture d’un journal intime -, le réalisateur ne parvient pas à créer d’alchimie quand il se filme face à la caméra, manifestement sincère dans l’intention, mais récitant son texte de manière un peu trop visible. La même fausseté se dégage d’une scène de ménage où, pour faire ressentir sa solitude, Pittard balaie un sol qui n’est pas sale. La rejouer fait perdre son intensité à l’histoire et le film manque de spontanéité.

 

Alors, à force d’être patient, on s’impatiente. Si le pathos est heureusement évité, une quelconque empathie avec le personnage n’a elle malheureusement pas lieu non plus, malgré sa délicate situation. Pittard veut raconter son histoire, mais la direction de celle-ci et ce qu’il souhaite transmettre restent flous. De temps à autre, les thématiques annoncées dans le titre – la sexualité et la crise – sont abordées. Mais le couple formé par Pittard et Leila (Marie Raynal) semble solide malgré les aléas et la confrontation avec la crise sociale n’intervient concrètement que lorsqu’Éric reprend pour un court moment sa caméra et filme des sans-abris dans leur tente, près du canal Saint-Martin, à Paris. C’est finalement par le biais d’inserts (manifestations politiques, portraits de citoyens) que la crise apparaît. Des extraits des reportages d’Éric Pittard parsèment ainsi De l’usage du sextoy en temps de crise, en couleur cette fois, tranchant avec la monotonie de son quotidien afin de mieux mettre en valeur les souvenirs, auxquels le réalisateur a eu le temps de repenser, allongé sur son lit d’hôpital ou chez lui. Mais malgré leurs qualités propres, ces extraits semblent intervenir de manière aléatoire dans le montage et sont de plus desservis lors de leur basculement sur grand écran par la basse résolution des images.

Dévoilant son journal, mêlant difficilement l’intime de la sexualité à la dimension publique de la crise, De l’usage du sextoy en temps de crise a beau compiler l’expérience douloureuse d’Éric Pittard, il laisse sur le carreau.

Titre original : De l'usage du sex toy en temps de crise

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Durée : 95 mn


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