D’après une histoire vraie

Article écrit par

Rien à voir.

D’après une histoire vraie n’échappe pas au cadre de la re-présentation formelle, celle de convertir en images une oeuvre littéraire originale, qui suscite pourtant déjà à elle seule par la lecture des images mentales. Qu’est-ce que l’adaptation si ce n’est l’appropriation d’une oeuvre et sa traduction dans un autre langage, ici cinématographique. Si l’on parle de simple conversion, c’est que le film ne propose pas d’autre prisme de lecture, pas d’ouverture, et transpose sans trop y toucher, le squelette et la peau de l’oeuvre originale dans le tissu filmique. 
 

 
Si l’on sent l’ironie glacée faire vibrer un peu le film (voix lugubre et cliché du personnage d’Elisabeth – Eva Green très appuyé), celle-ci s’épuise à lui donner un peu de rugosité. Il faut dire qu’elle s’est installée trop tôt dans quelque chose, sans qu’on puisse l’en retirer ni la voir évoluer dans l’espace mental sur lequel son personnage est pourtant censé jouer. L’espace architectural enfonce le film d’autant plus dans son enlisement atone et désespérément lisse (le rapprochement lent et ennuyeux vers la page blanche de l’artiste vidé, le personnage de Delphine / Emmanuelle Seigner pas très fouillé) et il devient indispensable de déplacer l’action ailleurs (les deux femmes prenant des vacances dans une maison isolée). Mauvais chemin qui bloque dans l’inextensible une action morne qui aurait bénéficié d’avantage de souplesse pour s’élancer franchement dans le burlesque. A Cannes déjà, Polanski parlait d’un tournage condensé (pas assez de temps pour les répétitions). Il manque de la matière pour élargir le film, l’ouvrir davantage. 
En lui donnant une traduction visuelle impersonnelle, on dirait que Polanski n’aime pas l’oeuvre originale; soit celle-ci ne l’a pas du tout inspiré, soit il n’a jamais été aussi brillant dans la dérision (le sujet du film étant l’usurpation d’une oeuvre par un autre – imaginaire ou réel.). Alors, serait-ce la copie conforme du vide? Le film n’existe pas. Rien à voir.

Titre original : D'après une Histoire Vraie

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 100 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.

Le chant des vivants

Le chant des vivants

Quitter son pays, essuyer les coups, traverser la mer… Mais si le pire était à venir ? Survivre n’est pas un tout. Cécile Allegra propose à de jeunes exilés de penser l’après, par l’art-thérapie. Le chant des vivants est une douloureuse mélodie de laquelle advient une merveille cinématographique.