D’Amour et d’eau fraîche

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Frais comme son titre, ensoleillé et ténébreux à la fois, « D’amour et d’eau fraîche » est bien plus qu’un énième film sur le chômage des jeunes.

Après L’année suivante (2006) et avec la même Anaïs Demoustier – encore plus belle –, Isabelle Czajka revient nous livrer une réflexion sur la jeunesse et ses errements. Sachant que la cinéaste déclare volontiers ne pas s’intéresser à la technique – après avoir fait tout de même l’école Louis Lumière –, on constatera déjà qu’elle livre ici un film tonique, sensuel, bien éclairé (Chef opérateur : Crystel Fournier AFC), superbement monté. Chaque personnage tourne ici avec conviction autour de ce qu’il n’a pas, n’aura jamais plus ou croit avoir déjà eu. Cette chose imaginaire, c’est le rêve de toute existence car, comme le pose très bien la réalisatrice dans l’entretien du dossier de presse, on peut se demander ce que veut dire la jeunesse. Tout le monde ayant au moins une fois dans sa vie entendu l’expression « il faut profiter de sa jeunesse », Isabelle Czajka se questionne sur ce que c’est que la jeunesse. Est-on jamais jeune et surtout qu’est-ce que ça veut dire en profiter ? Est-ce faire simplement n’importe quoi ?

Pour appuyer sa thèse, elle se sert donc de son héroïne, Julie Bataille, ni loser  ni beatnik, mais jeune fille actuelle à la recherche d’un véritable emploi et non d’un stage minable, demande devenue quasi irréaliste dans notre société libérale avancée. Au passage, la cinéaste égratigne les nouveaux citadins travaillant dans la com’, les stages des jeunes à qui on peut tout demander sans vergogne, le monde qui change, etc. Ce n’est pas par hasard que la fille s’appelle Bataille, que son père a des acouphènes et que sa mère n’entend pas quand elle lui dit « J’ai peur et tout le monde s’en fout ». Le titre du film reprend justement le contrepied de cet aphorisme que les parents servent toujours à leurs enfants : « tu ne pourras pas toujours vivre d’amour et d’eau fraîche ». Et pourquoi pas ? Qu’est-ce qui empêche d’être heureux et insouciant ? Et comment vivre autrement ? Quand on est jeune, n’est-ce pas la seule chose que l’on désire ?

Attention : Julie n’est pas à l’image de la Sandrine Bonnaire de Sans toit ni loi d’Agnès Varda (1985), ce n’est pas une marginale, une jeune angoissée s’asseyant sur les trottoirs pour fumer son joint. Non, elle est le pur produit de la classe moyenne qui croit encore aux vertus du travail. Elle veut s’intégrer, travailler mais sans toutefois répéter la docilité de sa mère et de son frère, jeune cadre arrogant sorti d’une école de commerce. Une grande question : pourquoi est-il si dur de trouver un travail digne et agréable ? Le film ne manque pas d’interpeller le spectateur sur ce point. Peu à peu, les petits boulots conduiront la jeune fille de l’urbanité froide et snob du Paris branché à la périphérie (chez sa mère, pour faire du porte à porte, etc.), jusqu’au jour où elle est rencontre, au cours d’un entretien d’embauche, un jeune homme l’entraînant dans une histoire voisine de celle de Florence Rey et Audry Maupin. Dans un lieu de soleil, d’eau et d’amour qui se refermera sur eux. Avec une tendre gravité et beaucoup de sensualité, la cinéaste parvient à faire vivre ses personnages – il faut dire que les deux acteurs sont magnifiques, Pio Marmaï campant notamment un adorable Ben – tout en faisant réfléchir sur la tragédie de toute vie. Rentrer dans le rang représente l’abandon de ses rêves, faire un pas de côté, c’est se condamner à l’exclusion. Comment vivre ? On se souvient alors de Paul Nizan écrivant dans Aden Arabie : « J’avais vingt ans, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Titre original : D'amour et d'eau fraîche

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Durée : 90 mn


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