Select Page

Cinélatino – Rencontres de Toulouse

Article écrit par

Compte rendu des 31ème Rencontres Cinélatino de Toulouse, qui ont eu lieu du 22 au 31 mars 2019.

Cette année, pour le 31e festival CinéLatino de Toulouse, et grâce au beau soleil printanier exceptionnel, la ville mérite bien son surnom de «  ville rose  ». On se croirait presque dans une chanson de Claude Nougaro, Toulousain célèbre, qui aurait sans doute aimé croiser ces bandas au coin des rues ou dans la cour de la Cinémathèque qui, tous les soirs, jouaient des airs entraînants d’Amérique latine, sous la lune. En effet, depuis une bonne trentaine d’années maintenant, le festival met l’accent sur les cinémas d’Amérique du Sud à Toulouse et, à la fin du séjour, on a de plus en plus l’impression d’être dans un pays étranger, tant on entend sonner à nos oreilles l’espagnol, et parfois le portugais.

La Fipresci avait envoyé cette année encore trois représentants à titre de jury pour octroyer son prix en départageant douze films, premiers ou seconds longs métrages de fiction, produits par une dizaine de pays sud-américains, et coproduits parfois avec l’Allemagne, les États-Unis, la France, ou encore, la Grèce ou la Norvège. Preuve de la bonne santé du cinéma des pays au Sud des États-Unis d’Amérique, mais qui réalisent un cinéma complètement différent.

Le jury, constitué de Renzo Fegatelli, Alexis Pershko et Jean-Max Méjean, a choisi un film très poétique, dans l’univers de la marine, comme une évocation de L’Atalante de Jean Vigo, sous des ciels plus exotiques, ceux du Pérou où le propriétaire d’un bateau de pêche a fait faillite. Les rares marins attendent dans un petit port en rêvant à leur vie future, regrettant parfois leur vie passée. Joué par des non professionnels, le film Todos somos marineros de Miguel Ángel Moulet (Pérou, République dominicaine) ouvre sur des mondes inconnus.

Les longs métrages en compétition sont tous intéressants dans des genres différents, chacun explorant des perspectives diverses sur la condition des femmes, l’homosexualité masculine, la solitude, l’adolescence et le monde cruel du travail. Même s’ils ont tous des styles très distincts, on reconnaît toutefois leurs grandes qualités sur le plan du jeu des acteurs, mais aussi sur la qualité des images. En revanche, pour ce qui est de l’écriture du scénario, beaucoup de films pèchent par une écriture trop volontairement imprécise ce qui, parfois, gêne un peu la compréhension du film. Mais ce qui fait la force de leur cinéma, c’est qu’il parvient à aborder tous les sujets, sans tabous, et souvent d’une manière poétique et impressionniste. Le festival ne présentait pas seulement de la fiction, mais des documentaires, des courts métrages dans diverses sections fort intéressantes. De plus, après la remise des prix, le film de clôture projeté était Roma d’Alfonso Cuaron, fait rare en France, car le film n’est pas présenté en salle, mais seulement sur Netflix. Du coup, grand succès puisqu’un nombre important de spectateurs toulousains a pu y assister, malgré les bombes lacrymogènes que la police avait lancées sur la place pour disperser les désormais célèbres Gilets jaunes. D’ailleurs, la situation sociale de la France et celle que décrivent bon nombre de films nous donnent l’occasion de dire deux mots d’un film excellent qui n’a pas été primé dans ce festival, mais qui l’a été partout dans le monde, La camarista de Lila Avilés.

Le film oscarisé d’Alfonso Cuaron, Roma, raconte l’histoire d’une nurse dans une famille bourgeoise des beaux quartiers de Mexico. Il en va de même pour La camarista que Lila Avilès, réalisatrice formée par la dramaturgie, a adapté à partir d’une pièce de théâtre et qui raconte la vie d’une femme de chambre dans un grand hôtel de Mexico. Ce film, magnifique risque de marquer les esprits parce qu’il est loin d’être anecdotique. Au contraire, il s’agit d’une métaphore de la lutte des classes. L’hôtel, avec ses étages enviés ou évités, ses sous-sols, ses lieux de solitude ou de travail obscur et épuisant, représente en quelque sorte le monde avec ses gagnants et ses perdants, pour le dire vite. La scène inaugurale le montre bien puisqu’on y voit l’actrice principale, Gabriela Cartol, interprétant magistralement Eve, en train de faire la chambre d’un homme particulièrement désordonné. On touche ici du doigt, certes la difficulté de ce travail ingrat, mais aussi le manque de considération de la part des clients et des chefs. C’est donc le monde du travail en miniature qui est mis en scène ici, avec ses puissants et ses faibles, les premiers s’appuyant sur les seconds pour les exploiter plus encore.

D’autres jurys, donc d’autres prix  : à noter, notamment le jury principal, dont faisaient partie Claudia Calviňo (productrice de Cuba), Mariano Llinás (réalisateur, scénariste d’Argentine) dont le film, La Flor, de presque quatorze heures était présenté hors compétition dans la section «  Otra Mirada  » et Édouard Waintrop (Critique de cinéma, ex-délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, directeur de cinéma, écrivain, programmateur de festival) a décerné son Coup de Coeur à Los Tiburones de Lucia Garibaldi (Uruguay, Argentine, Espagne), ainsi que le Prix spécial du jury à Las niñas bien de Alejandra Márquez Abella (Mexique) et une mention spéciale «  Meilleur acteur à  » Steevens Benjamin pour son rôle dans Perro Bomba de Juan Cáceres (Chili, France).

Dans ce festival, une spécificité qui ne fait pas double emploi cependant avec le jury Fipresci, c’est le jury du Syndicat Français de la Critique de Cinéma qui a débattu en public pour déterminer leur prix qui, cette année, a été attribué à Miriam Miente de Natalia Cabral et Oriol Estrada (République dominicaine et Espagne). Ce jury était constitué de Pierre-Simon Gutman (rédacteur en chef adjoint de l’Avant-Scène Cinéma et professeur à l’ESRA), Grégory Marouzé (journaliste et critique de cinéma, TVCiNéMa TNT, sites Internet de cinéma) et Perrine Quennesson (journaliste et critique de cinéma, Le Film français, Cinemateaser, Première, Filmo TV…)

Autre particularité sympathique du festival, le Prix des électriciens et gaziers dont le communiqué de presse ne mentionne pas les noms, a décerné son prix à Monos d’Alejandro Landes (Colombie, Argentine, Pays-Bas, Allemagne, Suède, Uruguay), un film très violent sur les enfants soldats en Colombie, film puissant entre Delivrance et Apocalypse Now.

Enfin, comme dans tous les festivals du monde, le prix du public qui donne souvent la bonne température du festival, avec le soutien du journal local La Dépêche du Midi, a été accordé à Tremblores de Jayro Bustamente (Guatemala, France, Luxembourg), un film saisissant qui met en scène les difficultés d’un homosexuel au Guatemala de nos jours, et les dérives de l’église évangéliste. Espérons que ces films intéressants à plus d’un titre pourront trouver un distributeur en France, comme c’est déjà le cas pour La Camarista de  Lila Avilès déjà l’affiche.

 

En dehors des prix des longs métrages en compétition, de nombreux autres prix ont été accordés durant de ce festival notamment ceux très attendus des documentaires, des courts métrages et des films en construction.

Compétition « documentaires »

PRIX DOCUMENTAIRE RENCONTRES DE TOULOUSE SOUS L’EGIDE DES MEDIATHEQUES DE LA REGION  : Cuando cierro los ojos, de Sergio Blanco et Michelle Ibaven (Mexique).

PRIX DU PUBLIC DOCUMENTAIRE LA DEPECHE DU MIDI  : The smiling Lombana, de Daniela Abad Lombana (Colombie).

PRIX SIGNIS DU DOCUMENTAIRE  : Cuando cierro los ojos, de Sergio Blanco, Michelle Ibaven (Mexique)

 

Compétition «  Courts-métrages  »

PRIX REVELATION  : Arcagel, de Angeles CRUZ (Mexique)

MENTION SPECIALE DU JURY REVELATION  : Susurro bajo la tierra, de Lilia ALCALA (Venezuela)

PRIX DU PUBLIC COURT-METRAGE  : Casi famoso, de Gonzalo DAAZ (Chili)

PRIX  COURTOUJOURS  : En la carretera, de Miguel Antonio ZANGULA (Colombie)

MENTION SPECIALE  COURTOUJOURS  : Susurro bajo la tierra, de Lilia ALCALE (Venezuela)

PRIX SIGNIS DU COURT-METRAGE  : Dulce, de Guille Isa,  Angello Faccini (Etats-Unis)

PRIX CCAS DU COURT-METRAGE – PRIX DES ELECTRICIENS GAZIERS  : En la piel de Luc・, de Angel DE GUILLERMO, Mayra HERMOSILLO (Mexique )

« Cinéma en construction »

PRIX CINEMA EN CONSTRUCTION TOULOUSE: Algunas Bestias, de Jorge Riquelme Serrano (Chili)

PRIX MACTARI CINEMA EN CONSTRUCTION  : Ceniza Negra, de Sofia Quiros Ubeda (Costa Rica, Chili, Argentine, France)

PRIX SPECIAL CINE + EN CONSTRUCTION  : Algunas Bestias, de Jorge Riquelme Serrano (Chili)
PRIX DES DISTRIBUTEURS ET EXPLOITANTS EUROPEENS  : Algunas Bestias, de Jorge Riquelme Serrano (Chili)

 

«  Cinéma en développement 14  »

PRIX BRLAB  : La misteriosa mirada del Flamenco, de Diego Cepedes (Chili)

PREMIER PRIX  FRENCH KISS  : Somos muchas, de Julia Heimann & Natalia Laclau. Produit par ACA (Argentine) et C-P Productions (France)

DEUXIEME  PRIX FRENCH KISS  : A voix basse, de Patricia Perez & Heidi Hassan
Produit par Perspective Films (France), Matriuska Producciones (Espagne), PCT Cinema Television (Suisse), Producciones de la 5ta Avenida (Cuba).

 


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Perdrix

Perdrix

Une merveille romantico-burlesque, par un vrai talent en devenir de la comédie française stylisée. Un film que nous avons découvert à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes 2019.

Miss Oyu

Miss Oyu

« Miss O-Yû » est un mélo sublime mais improbable où la relation amoureuse est suspendue à un code marital d’airain d’une autre époque. Son personnage éponyme est une créature onirique, désincarnée, une femme-fantôme vénéneuse et à la fatalité destructrice comme une sorcière jetant ses sortilèges. Mizoguchi recrée l’Eurydice du mythe d’Orphée. Suavement ensorcelant en version restaurée.

La Rue de la honte

La Rue de la honte

Film choral, « la rue de la honte » lève un voile cynique sur les rapports sociaux entre ces travailleuses du sexe formant une micro-société qui serait la métastase d’une société nippone gangrenée par la misère de l’après-guerre préludant à sa reconstruction. Une œuvre testamentaire corrosive et virulente en version restaurée.