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Célébration

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Enfin un documentaire sur le « vrai » Yves Saint Laurent et, en creux, sur Pierre Bergé en marionnettiste.

Un documentaire précieux

Après deux biopics sur le célèbre couturier,  Saint Laurent de Bertrand Bonello et Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, tous deux sortis en 2014, Olivier Meyrou, ancien de la Fémis et lauréat de la Villa Médicis hors les murs (à New York), nous propose maintenant un beau documentaire, habité et fantomatique à la fois, sur les derniers mois du règne de ce prince de la haute couture. Après la mort du créateur, Pierre Bergé son Pygmalion, a vendu les locaux de l’avenue Marceau où était située la maison de couture. Ces locaux maintenant désertés font penser, malgré eux, aux décors du film de Paul Thomas Anderson, Phantom Thread (2017), comme si toutes les maisons de couture avaient au fond la même âme. Quelque chose entre le décor de théâtre, puisque souvent les protagonistes de cette comédie humaine y font des apparitions, cachés derrière des rideaux, et une petite entreprise familiale qui ne connaît pas la crise.

 

 

Des personnages proustiens

Après avoir réalisé Zelda, un documentaire sur la directrice de la marque YSL aux États-Unis, Connie Uzzo, cette femme hors convention lui proposera, à l’issue de la projection, de rencontrer Pierre Bergé avec qui il tissera des liens qui lui permettront en effet de pénétrer dans ce monde secret et délicat, celui de la mode et de ses effets pervers. Pourtant, en installant sa caméra dans la prestigieuse maison, Olivier Meyrou reste cependant très discret et c’est justement cette discrétion qui lui permet de nous dévoiler des instantanés que personne d’autre que lui n’auraient pu saisir car on voit qu’il a bien la bénédiction de Pierre Bergé, marionnettiste, manipulateur, aux airs de mondain à la de Funès, se mettant dans des colères noires, et présent sur tous les fronts, des défilés aux préparatifs de collection.

Il n’y a que dans le bureau d’Yves Saint Laurent, lorsqu’il dessine ses croquis, que Pierre Bergé n’est pas présent, et encore… Le film débute d’ailleurs par cette solitude du créateur, lorsqu’on voit les mains du couturier dessiner ses derniers modèles dans le calme de son studio. Le film alterne d’ailleurs savamment le noir et blanc avec la couleur, pour donner à voir dans ces deux personnages qui se complètent et se défient, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, comme deux personnages proustiens, l’un tout en gesticulations et bravades justement souvent filmé en couleurs parce qu’il est dans la vie et le monde, et l’autre timide et réservé, imposant le silence et la retenue à son personnel, tout à son admiration pour l’homme et le génie qu’il semblait être. Cette dualité se fait sentir notamment dans la belle scène de l’anniversaire d’Yves, lorsqu’à la magnifique table dressée pour la circonstance, Pierre Bergé, de face, s’adresse à l’auditoire, notamment Yves Saint Laurent, de dos. Cette séquence en dit long sur les relations entre les deux hommes, qui furent aussi amants.

 

 

À la recherche du temps perdu

C’est un très beau documentaire, tout en finesse et discrétion, qui vole des instants de vie et propose des photogrammes d’un monde maintenant disparu, celui des couturiers et de leur maison de couture. On retiendra les images en noir et blanc de la rencontre à New York entre Yves Saint Laurent et la journaliste Janie Samet, dans un savant clair obscur devant une fenêtre ouverte sur la ville. Ou encore, la préparation et le défilé du célèbre Pyramidion, ou le dernier défilé très émouvant dans la maison de couture. Mais aussi la main d’Yves Saint Laurent tenant un crayon Staedtler et dessinant, lentement mais sûrement. On retiendra aussi les petites mains visitant la maison maintenant délaissée, ou ces mannequins qui se tiennent dans l’ombre, de même que les visites incessantes du mannequin vedette de l’époque, Laetitia Casta. Pierre Bergé regardant le jardin de l’hôtel particulier par la fenêtre. Et surtout les admirables plans sur le bouledogue français, Moujik, aux pieds de son maître qui n’est jamais « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre », sorte de mascotte du créateur et de sa maison de couture célèbre dans le monde entier.

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Durée : 73 mn


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