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Cassandro the exotico

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La réalisatrice, Marie Losier, diplômée d’une école d’arts de New York, est également une grande dessinatrice de portraits d’artistes, et n’en est pas à son premier documentaire portrait en lien avec la cause LGBT.

Un documentaire aux allures de Cartoon

Marie Losier dresse ici un très beau portrait d’un catcheur mexicain en fin de carrière, Cassandro the Exotico. Tourné en super 8, le documentaire prend des allures de dessin animé, le nombre plus réduit d’images par secondes accélère les mouvements, rend les actions sautillantes et burlesques. De plus, la voix aiguë et enfantine de Marie Losier – assez présente dans le film sans jamais qu’on voit son visage – participe à cette dimension cartoonesque et légère du film. De cette façon, elle parvient à dépasser l’aspect un peu facile du vintage super 8, et se caler sur le rythme intérieur de son personnage, turbulent et déluré.

 

 

Portrait d’un corps en lutte

Mais derrière cette légèreté elle parvient à dépeindre l’histoire plus sombre d’un homme, de ses fractures et de ses combats. L’histoire d’un corps et de ce qu’il a traversé, qui s’est détruit par la lutte, l’alcool, la drogue. On se détourne petit à petit de son titre de catcheur, et plutôt que de filmer ses médailles de champion de catch, elle nous montre ses médailles gagnées, année après année, auprès des alcooliques anonymes. 1 mois, 2 mois, 1 an, 6 ans sans avoir bu une goutte. Cassandro est un homme qui abandonne les unes après les autres ses échappatoires. A la question comment échapper au monde, et surtout au rejet du monde, s’ajoute celle de comment échapper aux échappatoires et affronter son Histoire. Comment s’aimer, s’accepter, voir son passé en face.

Plutôt qu’une ascension de catcheur trans, le documentaire choisit de montrer la fin d’une carrière d’un homme qui a déjà lutté, et déjà prouvé, et qui doit maintenant vivre avec lui-même, affronter la vieillesse et ses démons passés. Petit à petit le personnage se dénude, on scrute ses fractures, points de suture, on le voit sans maquillage, sans cheveux, il s’étonne soudain de ressembler à une lesbienne, voire à un homme.

Répétitions et variations d’un acteur-auteur

Cassandro s’est créé une identité sur le ring : ses sauts suicide, sa traine de Lady Di, et sa chevelure qui remplace le masque du catcheur traditionnel… Le film est ainsi construit en répétitions et variations autour de ses motifs qui reviendront tout au long du film, par un personnage qui se met en scène. Costumier, maquilleur, acteur. Le gros du film repose d’ailleurs sur son talent d’acteur, ses mimiques, son regard… Il y’a chez lui une vraie cinégénie. Quelque chose de Jack Black, avec ses yeux en amande et sa large mâchoire.

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Durée : 73 mn


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