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Bronson (2009) de Nicolas Winding Refn en DVD

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Incarcéré depuis 1974, Michaël Petersen, surnommé Bronson, a gagné le titre de détenu le plus violent d´Angleterre. Nicolas Winding Refn, après « The Inside Job » et la trilogie « Pusher », a tiré de son histoire une expérimentation visuelle et sonore sur l´aliénation. Fascinant et extrême.

« L’Orange Mécanique du 21e siècle ». La citation, extraite du journal The Independant, barre l’affiche de Bronson. La référence a de quoi bâtir la réputation d’une oeuvre… ou la tuer dans l’oeuf. Dans le cas du film de Nicolas Winding Refn, tout porte à croire qu’elle n’a pas servi de bonne publicité : à peine quatre-vingt copies distribuées lors de la sortie cinéma et un maigre score au box-office, malgré un bouche à oreille plutôt favorable*. Quasiment impossible à voir en salle, Bronson pourrait trouver son public grâce à la vidéo.

À l’instar de Fight Club, film lui aussi comparé à Orange Mécanique à son époque (dix ans déjà), Bronson a tous les ingrédients pour devenir culte en dvd. La comparaison entre les deux films s’arrête néanmoins à leur échec en salle. Bronson, portrait du « détenu le plus violent d’Angleterre », ne fera pas trembler les conventions sociales. L’unique aspect subversif du scénario réside dans l’inversion des codes habituels des films de prison : plutôt que de suivre un détenu cherchant à s’évader, le récit montre un prisonnier voulant à tout prix demeurer enfermé. C’est ce qui a persuadé Nicolas Winding Refn, un temps indécis, de signer pour ce film. Après avoir bouclé la trilogie Pusher, le réalisateur danois, fatigué des personnages violents, désirait passer à autre chose. Peu intéressé par le biopic pur et dur, il refusera de rencontrer le véritable Charlie Bronson, toujours incarcéré à ce jour.

Emprisonné au milieu des années 70 pour le braquage d’une petite épicerie (et un butin de sept livres – soit moins de trente euros), Charlie écope d’une peine de sept années de prison. Prison qu’il ne quittera plus (et où il passera près de trente ans à l’isolement). De son vrai nom Michaël Peterson, Bronson avoue dès les premières minutes avoir toujours voulu être célèbre. Le film qui porte son nom est tout entier tourné vers cet ego hors norme, à l’image de ce titre qui s’affiche en lettres rouges baveuses et implacables sur l’écran.

Porté par un stupéfiant Tom Hardy (aperçu précédemment au détour d’un Layer Cake ou d’un Rock’n rolla), acteur dont la performance, toute en masse musculaire, regards sauvages et explosions brutales, et la présence magnétique autant qu’inquiétante placent au rang d’un Daniel Day Lewis. Bronson est un psychopathe rigide qui fait de son corps un empire. Plus que la prison, c’est cette force physique qui l’enchaîne fatalement. À ce sujet, la scène finale, tétanisante, est révélatrice de l’aliénation d’un personnage pris au piège de son désir monomaniaque de célébrité et de son besoin de sculpter le monde à coup de poings. Winding Refn lui-même a dû être surpris de découvrir in fine une métaphore de la condition artistique. Toujours considéré comme potentiellement dangereux, le véritable Bronson s’est par ailleurs aujourd’hui affirmé du fond de sa cellule comme un artiste renommé pour ses dessins et auteur d’une dizaine de livres (à découvrir sur www.bronsonloonyology.com).


 

Cette part de la personnalité de Michaël Peterson n’est qu’effleurée par le film. Le réalisateur se concentre sur la fascination de son personnage principal pour l’ultra-violence, point commun entre Bronson et Orange Mécanique. Littéralement, Bronson se définit par elle. Dans une mise en scène opératique, Winding Refn lui donne une sensualité perverse, stylisée mais pas inoffensive. Tenue soit par une bande-son marquée années 80, soit par de la musique classique (autre décalque, évident sans être gênant, de Kubrick), la violence est étourdissante, nous laisse en état de choc, à la fois émerveillés par le brio de la réalisation et révulsés par un personnage dont l’énergie n’a d’égal que la sauvagerie.

À coup de grand angle, de lumières glauques, d’allers-retours sur une scène de théâtre au public imaginaire devant lequel Bronson se donne en représentation, le film nous enfonce dans la tête de son personnage. Pas de diagnostic psychologique auquel se raccrocher : Winding Refn tourne ses scènes dans l’ordre chronologique, dans la précipitation, à l’instinct. La méthode a du bon et lui permet de parfaire sa démarche initiale : ne pas livrer d’explication, faire un film sensitif en misant tout sur l’image et le son, inconfortable parce qu’il rappelle à quel point la violence peut-être attrayante, et qui nous laisse fiévreux, les yeux écarquillés. Culte. Définitivement.

* La mention faisant référence à Orange Mécanique a d’ailleurs disparu de l’édition dvd


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