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Blake Edwards : Fin de « Party »

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L´hécatombe de 2010 se poursuit avec la disparition de l´un des grands génies du cinéma comique hollywoodien…

Un peu à la manière de l’un de ses modèles, Billy Wilder, Blake Edwards nous a quitté alors qu’il s’était retiré depuis presque 20 ans des plateaux de cinéma. Un milieu du cinéma qu’il connaît par cœur puisque plongé dedans depuis l’enfance avec un père et un grand père respectivement réalisateur et producteur. Malgré ses accointances, pas de passe droit lorsqu’il décide à son tour de se lancer puisqu’il gravira à peu à peu les échelons à des postes modestes (coursier, acteur de seconds plans) avant de s’imposer comme scénariste (notamment le texte légendaire prononcé à la radio par Orson Welles sur La Guerre des Mondes qui sema la panique aux USA) puis réalisateur.

Cette connaissance parfaite des us et coutumes hollywoodiens nourrira deux de ses meilleurs films, avec The Party , où Peter Sellers dynamite de sa maladresse une soirée huppée et surtout le virulent SOB (pour Son of a bitch), fruit de sa rancœur après le remontage de son western Deux hommes dans l’Ouest. Pour revenir à The Party, ce film est le sommet d’une fructueuse collaboration avec Peter Sellers et permet de constater que les films et moments charnières de la carrière de Edwards se sont souvent définis par un fonctionnement en binôme. Binôme avec le grand Richard Quine, dont il sera le scénariste attitré le temps de quelques bijou comme la comédie musicale Ma sœur est du tonnerre ou L’Inquiétante Dame en noire, hilarante variation sur les motifs hitchcockiens. Nouveau et lucratif duo avec Peter Sellers et surtout celui sentimental et artistique avec Julie Andrews, par lequel il réalisera entre autres le beau Victor Victoria.

Passé à la réalisation au milieu des années 50, Edwards fera partie d’une nouvelle école comique comportant notamment Frank Tashlin. Ecole qui, tenant compte des avancées qu’ont permit Lubitsch, Wilder ou Preston Sturges, emmène le genre ailleurs, notamment par l’usage de la parodie (se souvenir que l’ouverture de The Party est un immense détournement du film hollywoodien Gunga Din). Alors que les films de ces derniers reposent toujours sur une trame solide, Edwards, que ce soit dans ses collaborations avec Peter Sellers (The Party, la série des Panthère Rose) ou ailleurs, manie la science du gag immédiat, dilaté dans le temps et fonctionnant plus sur son pur impact que son intégration dans une narration classique quelconque. De son Opération Jupons à Qu’as tu fais à la guerre Papa ?, Edwards ne cessera de perfectionner cet art dans ses comédies, notamment le cartoonesque La Grande Course autour du monde. L’influence de la tradition du splapstick et du dessin animé (des Tex Avery aux Looney Tunes) se mêle à des tendances plus modernes, qu’elles soient d’ordre thématiques (le message anti militariste de Qu’as tu fais à la guerre Papa en pleine guerre du Vietnam) ou plus esthétiques, tel l’imagerie pop psychée de The Party. Dans cette même veine, le second volet de la série des Panthère Rose, A shot in the dark (Quand l’Inspecteur s’emmêle) demeure un sommet inégalé et hilarant. L’influence sera énorme sur les futurs cadors de la comédie comme les ZAZ – ce qui permet de saluer au passage Leslie Nielsen, disparu très récemment aussi.


Sous le génie comique se cachait un grand sentimental et un attrait pour la noirceur qui ne s’exposait que par intermittence tel que dans Le Jour du vin et des roses, un des grands films sur l’alcoolisme, bien meilleur que Le Poison du mentor Wilder. Le célèbre Diamants sur canapé, noyé au milieu des comédies des 60’s, l’avait prouvé, mais une fois uni à Julie Andrews, il approfondira encore cette facette dans le méconnu The Tamarind Seed, magnifique film d’espionnage sentimental. Le film sera un échec et s’inscrit dans des années 70 plus difficiles pour le réalisateur (échec de sa comédie musicale Darling Lili également), dont la carrière repartira grâce au succès inattendu de la reprise des Panthère Rose en 1975 – avec Le Retour de La panthère Rose – qu’il enchaînera à un rythme métronomique jusqu’à la mort de Sellers en 1980. On passera sur les procédés commerciaux douteux où les rushes non utilisé de Sellers seront réutilisés pour un ultime A la recherche de la Panthère Rose.

Le réalisateur abordera donc les années 80 encore au sommet de son art, avec l’acide SOB, le brillant et moderne Victor Victoria ainsi que des variations sur des thèmes déjà exploités comme Dans la peau d’une blonde pour la confusion sexuelle ou encore Boire et déboires (qui lança un certain Bruce Willis au cinéma) pour l’alcoolisme. Après un tristounet Le Fils de la Panthère Rose, où Roberto Begnini endossait le costume trop large de Peter Sellers, Edwards s’est retiré paisiblement, réapparaissant de temps à autre pour recevoir des récompenses de prestiges comme l’Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2004. Edwards n’est plus mais la drôlerie irrésistible de ses films demeure intacte, et pour toujours, le thème immortel de Henry Mancini viendra nous rappeler les gaffes de l’Inspecteur Clouseau et du génie qui sut les mettre en scène.

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